Interview
du 3 Décembre 2007, parue dans le journal "Abeilles et Fleurs"
d'Avril 2008
Philippe Mottet, maire d'Angoulême
: "Tout d'abord, l'apiculture nous permet de nous offrir le
miel, produit naturel par excellence, par l'élevage des abeilles
et la préservation de leur environnement. C'est ainsi que
l'apiculteur est le premier à constater les dysfonctionnements
de ses colonies et qu'il intervient pour alerter l'opinion et
les pouvoirs publics".
Abeilles
et Fleurs : Monsieur le Maire, pouvez-vous nous parler de la politique environnementale
globale de la Ville d'Angoulême ?
Philippe Mottet :
L'environnement est une
question qui touche à la vie quotidienne de chacun, il est donc
tout à fait légitime que les élus locaux s'engagent dans une
démarche de développement durable sur le terrain. A l'échelle
de l'agglomération, Angoulême participe au Plan Climat et au
bilan carbone. Sur le territoire communal, depuis plusieurs
années, la Municipalité a mis en place plusieurs actions. Pour
en citer quelques-unes : la gestion centralisée des chaufferies
municipales, le fuel est remplacé par le gaz naturel, la gestion
de la ressource en eau au niveau des espaces verts par la
modification du système d'arrosage, la récupération des eaux de
pluie, l'utilisation de plantes moins consommatrices en eau, la
réduction des gaz à effets de serre par l'acquisition de
véhicules à motorisation électrique et GPL, la création d'un
parking relais.
Les services sont également fortement mobilisés par la
reconquête du paysage végétal comme sur Bourgines, sur
l'espace nature de l'Ile Marquet d'une superficie de 7 hectares
et sur toute la vallée de la Charente qui traverse notre
commune. Il y est adopté une gestion plus écologique avec
diminution drastique des intrans phytosanitaires, une gestion
différenciée adaptée aux besoins des utilisateurs tout en
privilégiant la faune, la flore, cette biodiversité à laquelle
nous tenons tant.
Je peux ainsi dire qu'Angoulême est une agglomération pilote en
matière de développement durable.
Abeilles
et Fleurs :
Angoulême est la première institution du Département de la Charente et
de la Région Poitou-Charentes à accueillir le programme national «
l'Abeille, sentinelle de l'environnement ». Pouvez-vous nous expliquer
ce qui a motivé cette décision ?
Philippe Mottet :
Sensible aux questions de l'environnement, je souhaitais que la Ville, à
son niveau, s'engage dans le combat pour la survie des abeilles
indispensables au maintien de la biodiversité.
Sur le plan local, la participation à ce programme permettra :
– de mesurer le niveau de pollution
– de sensibiliser nos concitoyens sur le rôle de l'abeille, de
l'expliquer aux enfants en invitant les écoles
Abeilles
et Fleurs : En
tant qu'institution, comment percevez-vous l'apiculture ?
Philippe Mottet :
Je la considère comme un art ancien de plus de 12 000 ans. Bien sûr,
tout d'abord, l'apiculture nous permet de nous offrir le miel, produit
naturel par excellence par l'élevage des abeilles et la préservation de
leur environnement. C'est ainsi que l'apiculteur est le premier à
constater les dysfonctionnements de ses colonies et qu'il intervient
pour alerter l'opinion et les pouvoirs publics. C'est un élevage mais
aussi une culture en danger avec les agressions du monde moderne.
Abeilles
et Fleurs :
L'UNAF a beaucoup oeuvre dans la lutte contre certains pesticides qui
détruisent la faune pollinisatrice. Que pensez vous de cet engagement.
Philippe Mottet :
Il est très louable et je suis conscient que c'est un combat de tous les
instants à livrer contre les modes actuels de culture privilégiant la
rentabilité au naturel. L'UNAF peut se réjouir d'avoir déjà pu interdire
la commercialisation du régent et du gaucho, deux pesticides nocifs pour
les abeilles.
Je soutiens, bien entendu cet engagement. Les services municipaux se
doivent de montrer l'exemple, d'expliquer et de communiquer. Nous nous
sommes engagés vers une gestion plus écologique de nos 320 hectares de
jardins et espaces verts en mettant en oeuvre des techniques plus
respectueuses et en limitant l'emploi des produits chimiques.
Abeilles
et Fleurs : A la
découverte du projet, quel est l'argument qui vous a le plus interpellé
?
Philippe Mottet :
En tant que maire d'une cité de 40 000 habitants, entendre dire que la
biodiversité est souvent plus riche en Ville qu'à la campagne m'a
surpris. Les villes se doivent d'entretenir et de favoriser cette
biodiversité.
Abeilles
et Fleurs :
Comment s'est déroulée l'installation des ruchers à Angoulême ?
Philippe Mottet :
Elle s'est déroulée dans le cadre des journées « Portes Ouvertes » des
Espaces Verts. Depuis 15 ans, le 4ème week-end de Septembre, la Ville
permet la visite des serres municipales au public qui vient toujours
aussi nombreux.
La Ville a profité de ces jours particuliers pour implanter les 6 ruches
sur trois sites qui ont leurs propres caractéristiques : le Jardin Vert
qui est un espace d'hyper-centre, le service des Espaces Verts pour sa
situation charnière entre une zone industrielle et une zone naturelle,
et la tour du château pour la symbolique. Pour faire un peu d'histoire,
l'abeille a remplacé la fleur de lys comme emblème de la souveraineté
sous Napoléon. Une salle de réunion porte d'ailleurs le nom du « salon
des Abeilles » ; des abeilles sont également représentées sur le manteau
de la cheminée du salon d’honneur.
Cette manifestation s'est très bien déroulée et je dois un grand merci
aux nombreux apiculteurs qui ont répondu présent, ont su faire part de
leur passion et de leur expérience tout en proposant des dégustations de
miel, le tout par une belle journée ensoleillée.
Abeilles
et Fleurs :
Comment ont réagi les différents services de la Ville à l'annonce de
l'installation des abeilles ?
Philippe Mottet :
Ils ont réagi très positivement. Ils ont tout de suite perçu l'intérêt
d'une telle démarche pour sensibiliser le public, les écoles, à la
gestion écologique des espaces verts. Ils portent véritablement ce
projet.
Abeilles
et Fleurs : Quels
sont les thèmes et les actions que cet événement va vous permettre
d'aborder dans l'avenir ?
Philippe Mottet :
Des actions seront régulièrement organisées avec les écoles, avec le
grand public lors de la récolte, de la dégustation afin que les
Angoumoisins adhèrent à cette démarche.
Grâce aux analyses polliniques des miels, on pourra mesurer la qualité
de l'environnement urbain.
Abeilles
et Fleurs :
Comment a réagi le grand public à cette installation ?
Philippe Mottet :
Il y a eu un retour positif du public qui s'est tout de suite intéressé
à ces installations. Sur le site du Jardin Vert, seul lieu ouvert toute
l'année, les promeneurs questionnent régulièrement les jardiniers sur la
présence des abeilles.
Abeilles
et Fleurs : La
récolte sera le prochain grand rendez-vous. De quelle façon pensez-vous
l'utiliser ?
Philippe Mottet :
Je souhaite faire de la première récolte un moment fort en associant les
Angoumoisins et un public privilégié : les enfants des écoles et de
montrer, grâce aux analyses faites sur le miel produit, que l’air
d’Angoulême est sain et que la biodiversité végétale n’est pas un mythe. |