Interview
parue dans le journal "Abeilles et Fleurs" - Juin 2007
Jean-Louis
Fousseret : "Tous ces apiculteurs soucieux de leurs ruchers sont
les garants d'une nature saine et généreuse".
Abeilles
et Fleurs : Pouvez-vous nous parler de la politique environnementale
globale de la Ville de Besançon ?
Jean-Louis
Fousseret
: La Ville de Besançon est résolument engagée dans le
développement durable ; cette volonté a été affirmée en 2006 par
l'adoption d'un Agenda 21 dont les trois priorités sont la lutte
contre le réchauffement climatique, la préservation de la
biodiversité et l'équité sociale.
En matière de biodiversité et à titre
d'exemple, Besançon a engagé un programme de valorisation de ses
espaces naturels, en favorisant la pérennité des zones ouvertes
telles les pelouses sèches des collines ou les prairies (le PLU
prévoit le maintien de surfaces agricoles importantes) qui
favorisent la présence d'une entomofaune variée. Celle-ci contribue
d'ailleurs directement à un meilleur équilibre des écosystèmes de
nos espaces verts urbains. C'est ainsi que, tout naturellement, le
"zéro insecticide" a été adopté.
AerF :
Pour vous, que représente l'abeille ?
Jean-Louis Fousseret
: L'abeille
représente le symbole de la biodiversité. Depuis plus de 60 millions
d'années, son rôle est primordial au niveau écologique et
agronomique du fait de la pollinisation de nombreuses plantes
cultivées et sauvages. c'est un maillon fondamental de l'équilibre
de la nature qui permet aux plantes de se reproduire, de former
leurs fruits, et à l'humanité de s'alimenter.
Elle est
aussi le symbole d'une organisation sociale très structurée où
chacun a sa place.
C'est la
sentinelle de notre patrimoine floristique et faunistique.
Pouvons-nous trouver dans la nature un autre être vivant qui
démontre aussi bien les relations et l'interdépendance qui régissent
le monde du vivant ?
AetF :
En tant qu'institution, comment percevez-vous l'apiculture ?
Jean-Louis Fousseret
:
L'apiculture est une activité
caractérisée par l'existence de nombreux apiculteurs amateurs ; ce
sont des passionnés qui vivent à travers ces animaux une relation
particulière avec la nature.
Les
apiculteurs professionnels jouent un rôle important pour satisfaire
une partie de la gourmandise des humains et constituent un secteur
économique à part entière.
Fondamentalement, dans notre civilisation, entre l'homme "cueilleur
de miel" et l'apiculteur d'aujourd'hui, le miel et la cire
représentent des signes forts d'une relation qui perdure depuis
plusieurs millénaires. Ce rapport est fragilisé aujourd'hui par une
agriculture intensive et par certaines pollutions.
Aussi,
tous ces apiculteurs soucieux de leurs ruchers sont les garants
d'une nature saine et généreuse.
AetF
: L'UNAF a beaucoup oeuvré dans la lutte contre certains pesticides qui
détruisent la faune pollinisatrice. Que pensez-vous de cet
engagement ?
Jean-Louis Fousseret
:
Cet engagement pour préserver la faune
pollinisatrice est fondamental et essentiel. La victoire obtenue
pour interdire certains pesticides de grandes cultures est un grand
pas vers une meilleure prise en compte de notre environnement qui,
ne l'oublions pas, est notre milieu de vie. A ce jour, les risques
pour la santé humaine et l'environnement sont avérés.
Ce
résultat obtenu par l'UNAF mérite d'être prolongé pour parvenir à
des contraintes plus strictes dans les homologations et usages des
produits phytosanitaires, sur les cultures ou sur d'autres zones qui
posent la question de la pertinence de leur emploi.
Trop de
pesticides ont des effets secondaires, immédiats ainsi que, plus
sournoisement, sur le long terme et, cela, pas seulement sur les
insectes ou en contribuant à l'érosion de notre biodiversité. La
contamination des sols due à leur rémanence peut affecter les
cultures ultérieures et nos ressources. Nous connaissons tous cet
aspect du problème avec, par exemple, la protection des captages
pour l'eau potable.
AetF
: Qu'est-ce qui a motivé votre décision de participer au projet
"L'abeille, sentinelle de l'environnement" ?
Jean-Louis Fousseret
:
Particulièrement conscients que notre civilisation se situe à un
moment crucial de son histoire où la nature pourrait se retourner
contre elle, notamment par le risque d'un effondrement de la
biodiversité, j'ai trouvé naturel et indispensable, avec l'ensemble
des élus de la Ville, de participer à l'action "Abeille,
sentinelle".
Chacun a
saisi là l'occasion qui lui est donnée de contribuer à une meilleure
connaissance des menaces environnementales, en mobilisant nos
citoyens à cette prise de conscience et aux indispensables actions
qui en résulteront.
Pour
Besançon, ce projet se situe dans la continuité de nombreuses
actions menées et de pratiques appliquées dans nos espaces verts.
Ainsi, depuis plusieurs années maintenant, l'utilisation des
pesticides est proscrit et une de nos préoccupations vise à
maintenir ou attirer toute une faune auxiliaire "utile",
souvent des insectes. Rien n'est négligé, tant dans le choix des
plantations pour leur nourriture que pour leur ménager des abris.
C'est également l'occasion,
grâce à la collaboration des apiculteurs locaux particulièrement
dynamiques, de faire redécouvrir à nos concitoyens que l'abeille
n'est pas seulement une productrice de miel mais que nous dépendons
d'elle pour féconder toutes ces plantes contribuant à notre
alimentation et à notre survie.
AetF
: A la découverte du projet, quel est l'argument qui vous a le plus interpellé ?
Jean-Louis Fousseret
: C'est déjà
le fait de découvrir que, contrairement aux idées reçues, la Ville
ne serait pas un milieu hostile aux abeilles, bien au contraire.
Au-delà,
l'argument qui a le plus retenu notre attention est la sauvegarde de
la biodiversité, cette priorité imprégnant fortement les actions de
notre Agenda 21 pour la ville de Besançon et la Charte de
l'Environnement pour le Grand Besançon.
Il nous a
semblé aussi intéressant de pouvoir mesurer et donc vérifier la
qualité de notre environnement par l'analyse des différentes
substances présentes dans le miel. Nous disposerons ainsi d'un
bio-indicateur supplémentaire.
AetF
: Comment s'est déroulée l'installation du "Rucher de Besançon ?
Jean-Louis Fousseret
: Nous pouvons parler de succès et les conditions
météorologiques ont permis d'installer le rucher de Besançon dans un
contexte des plus favorables. Cet événement a également été
l'occasion d'accueillir plusieurs classes de primaires qui
travaillent tout au long de l'année à la culture d'un jardin
pédagogique. Ils ont été très sensibles à cette découverte et se
proposent de choisir parmi leurs plantes cultivées des espèces
mellifères et attractives pour les pollinisateurs.
AetF
: Comment ont réagi les différents services de la mairie à l'annonce
de l'installation des abeilles ?
Jean-Louis Fousseret
: Certains ont dans un premier temps été surpris de voir
s'installer un rucher en pleine vielle en craignant pour la santé
des abeilles. Quelques-uns ont, comme chacun pouvait s'y attendre,
évoqué le risque de piqûre mais la grande majorité des agents
communaux est particulièrement fière de savoir que Besançon, ville
verte par excellence, accueille ce rucher : c'est un nouveau témoin
de nature dans la ville !
AetF
: Quels sont les thèmes que cet
événement va vous permettre d'aborder dans
l'avenir ?
Jean-Louis Fousseret
: Il s'agira de poursuivre et d'amplifier les nombreuses
actions déjà engagées notamment en ce qui concerne la
sensibilisation du public et des scolaires sur le thème du milieu
qui les environne. Au sein de la Direction des Espaces Verts, notre
structure municipale d'éducation à environnement, la Petite École
dans la Forêt, oeuvre de longue date avec le Syndicat des
Apiculteurs du Doubs pour faire découvrir cette amie commune.
AetF
:
Comment a réagi le grand public à cette installation ?
Jean-Louis Fousseret
:
Outre l'aspect
bucolique de la présence d'un rucher en ville, le public a
particulièrement été intéressé par l'aspect scientifique de la
démarche.
AetF : La récolte sera le prochain grand rendez-vous. De
quelle façon pensez-vous l'utiliser ?
Jean-Louis Fousseret
: La récolte sera l'occasion d'organiser une séance
d'extraction publique de miel le 16 Juin prochain. Plusieurs clases
participeront à un jeu de découverte pédagogique sur le thème de
l'abeille. Des dégustations de miel et la découverte de la vie de la
ruche sont au programme. Quant à notre production, il est trop tôt
pour en préciser son utilisation. Quoi qu'il en soit, nous
n'envisageons pas de le vendre mais plutôt d'associer sa
distribution à de prochains événements confirmant l'engagement de
Besançon pour la nature dans un développement durable.
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