ABEILLES ET FLEURS Archives Editoriaux 2003

Editorial n°645
Gagner du temps

En février 2001, le ministre de l’Agriculture mettait en place un nouvel organisme, le Comité Scientifique et Technique, composé d’une vingtaine de scientifiques. Cette instance devait étudier les diverses publications scientifiques publiées, les valider ou les rejeter et enfin évaluer le risque pour l’abeille des traitements Gaucho sur tournesol (car le produit n’était à cette date-là que suspendu) et sur maïs.

Le ministère n’avait pas de mots assez forts pour clamer l’indépendance dudit comité. Les apiculteurs acceptèrent de siéger dans ce comité et de participer à l’enquête multifactorielle sur le terrain, à la seule condition que soient retirés du marché au préalable le « Gaucho » et le « Régent ». Deux raisons motivaient cette décision : tout d’abord, M. le ministre disposait alors de suffisamment d’éléments pour appliquer le principe de précaution, et, surtout, toute expertise de terrain apparaissait inexploitable, dans la mesure où les zones effectivement témoins étaient quasi inexistantes dans les zones de grande culture, de par la superposition des deux molécules et leur rémanence dans le sol.

Cette stratégie de la DGAL, gestionnaire du risque, présentait pour elle un sérieux avantage : il permettait de gagner du temps – deux ans minimum – ce qui n’est pas négligeable dans la vie économique d’un produit phytosanitaire !

Le 18 septembre 2003, dans son rapport « final », le dit Comité Scientifique et Technique, au terme de son expertise sur « Gaucho » et abeilles, estimait que ses conclusions étaient enfin « en accord avec les observations de terrain rapportées par de nombreux apiculteurs ». Ces conclusions, dénuées de toute ambiguïté, sont certes tardives mais incontestables. Cependant, la surprise fut grande quand sur le site Internet du ministère, le vendredi 31 octobre 2003, M. le directeur de la DGAL demandait aux scientifiques de « revoir leur copie ». Quel affront ! Que devient leur indépendance tant proclamée trois ans plus tôt ?

Lors de son déplacement en Vendée, M. Peyrot, chef de cabinet du ministre de l’Agriculture, a indiqué que le dit rapport avait été soumis à d’autres scientifiques et qu’il contenait, semble-t-il, des erreurs et des lacunes... (Quand on veut noyer son chien...).

Il s’agit, une nouvelle fois, de gagner du temps.

Et c’est encore pour gagner du temps que le ministère souhaite mettre en place les ZOR (zones d’observations régionales des ruchers). La filière apicole, à l’unanimité, les a refusées dans un communiqué de presse du 19 novembre.

Devant un tel acharnement à vouloir sauver coûte que coûte ces produits, les apiculteurs ne baissent pas les bras. Ils attendent avec sérénité de bonnes décisions de justice. Pour leurs abeilles, pour l’environnement, pour les générations futures.

Le verdict du procès de notre collègue Yves Védrenne sera rendu le 4 février alors que le procès d’Henri Clément se déroulera le même jour à Mende à 9 heures du matin.

Ensemble, restons déterminés… mais que de temps perdu !

Je vous souhaite de bonnes fêtes de Noël.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

Info dernière

La CTE (Commission Technico-Economique) devient la CNTSEA (Commission Nationale Technico-Economique Scientifique Apicole). Nous aurons le plaisir de vous la présenter dans la revue de janvier.

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Editorial n°644
Périgueux, un vrai succès !

Les 10 et 11 octobre 2003, le centre des congrès de Boulazac, en Dordogne, ressemblait fort à une ruche. Remarquablement organisée, attirant un public particulièrement nombreux, cette sixième Université d’automne a connu un très grand succès. Bravo à tous ceux qui se sont dévoués !

Venus parfois de très loin, comme nos collègues belges et syriens, les apiculteurs ont écouté avec grand intérêt les divers conférenciers. Pollinisation, intérêt du miel en nutrition humaine, abeille initiatique, les sujets traités étaient variés et forts intéressants.

Le vendredi matin, la réunion de la Commission technico-économique s’est révélée passionnante.

Le vendredi après-midi, nous avons pu constater que, hélas, comme nous le pressentions, la systémie du Fipronil est bien réelle puisque d’après les récents travaux du docteur J.-M. Bonmatin, du CNRS d’Orléans, la molécule migre bien dans la plante, de la graine jusqu’aux parties florales.

Elle a montré son extrême toxicité sur l’abeille, lors des semis, aux printemps 2002 et 2003 dans le Sud-Ouest. Elle intoxique les abeilles lors de la floraison des tournesols et des maïs depuis 1997. Aujourd’hui, le Régent, comme l’a souligné maître Fau, n’a, en outre, aucune autorisation de mise sur le marché !

La procédure pénale engagée devant le tribunal de Saint-Gaudens avance de façon très positive. Elle a permis de découvrir de graves dysfonctionnements dans les procédures d’homologation. Souhaitons qu’elle nous permette d’aboutir à l’interdiction de cette molécule qui représente un réel danger pour l’abeille mais aussi pour la santé humaine.

Courant novembre, le Conseil d’Etat devrait très prochainement se prononcer à nouveau sur la décision du ministre de l’Agriculture et donc sur son usage sur maïs.

La projection du film « Témoin gênant », réalisé par VB Films, a été un des grands moments de cette Université d’automne. Ce remarquable documentaire, véritable enquête d’investigation, rigoureuse et objective, donne la parole à tous les intervenants concernés. Il relate les tenants et les aboutissants du dossier phytosanitaire/abeilles avec un souci constant d’objectivité. Ce film dérange. Il pose les bonnes questions et détermine l’enjeu réel pour la société, au-delà de l’abeille. Un vrai succès.

Fin octobre s’est déroulé en Allemagne le Congrès des apiculteurs professionnels allemands et le sujet « Gaucho » a été traité, pour la première fois, en profondeur. Comme nos collègues suisses, belges... les apiculteurs allemands découvrent avec effarement les conséquences dramatiques de l’emploi de tels pesticides sur nos abeilles.

Les 22 et 23 novembre, les apiculteurs européens se retrouveront à Louvain-la-Neuve, en Belgique, à l’occasion du premier Congrès européen. Je vous engage à y participer en nombre (cf. revue d’octobre page 22).

Le 5 novembre, Yves Vedrenne, président du Syndicat national d’apiculture, sera jugé devant le tribunal de Troyes. Les représentants de l’UNAF seront présents pour soutenir notre collègue. A Châteauroux, notre ami Maurice Mary avait gagné. Nous demeurons sereins dans l’attente du verdict.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

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Editorial n°643
Gaucho : les apiculteurs avaient raison

Le jeudi 18 septembre 2003, le Comité Scientifique et Technique, mis en place par le ministère de l’Agriculture en 2001, a rendu son rapport final d’expertise sur « l’imidaclopride/Gaucho » utilisé en enrobage de semences. Les conclusions sont claires : « Les résultats sont en accord avec les observations de terrain rapportées par de nombreux apiculteurs en zone de grande culture (maïs, tournesol) concernant la mortalité des butineuses, leur disparition, leurs troubles comportementaux et certaines mortalités hivernales ».

Depuis 7 ans que perdure ce dossier, le contribuable français et européen aura dépensé plus de quatre millions d’euros après l’homologation du produit pour effectuer des études scientifiques complémentaires. C’est un véritable scandale car ces études auraient dû précéder l’homologation. C’est la première fois que les pouvoirs publics disposent d’un outil de vérification, le CST, ce qui laisse songeur sur la rigueur véritable des procédures d’homologation accordées chaque année. Depuis le 21 janvier 2003, dans sa réponse à de nombreux parlementaires (suite à des questions écrites), M. le ministre de l’Agriculture affirme qu’il prendra la bonne décision lorsque les scientifiques du CST auront rendu leur rapport final. C’est chose faite. Maintenant, M. le ministre de l’Agriculture ne peut plus se dérober devant ses responsabilités. La décision de retrait s’impose.

Quant au Fipronil, son extrême toxicité sur l’abeille a été constatée et même reconnue officiellement dans le Sud-Ouest en novembre 2002 puis en juin 2003… et les apiculteurs des zones de grandes cultures attendent toujours… Pour beaucoup d’entre eux la coupe est pleine…

Cependant, les dossiers judiciaires, et notamment dans le Sud-Ouest, avancent très positivement. Les magistrats, en charge du dossier, enquêtent sur le danger de ces produits phytosanitaires pour l’abeille et l’environnement mais aussi et surtout pour la santé humaine.

Après de sages décisions de justice qu’ils avaient ignorées, disposant aujourd’hui de preuves scientifiques irréfutables, bien relayées par les médias et l’opinion publique, les décideurs politiques finiront bien par entendre raison. Avant de perdre toute crédibilité. Il serait temps.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

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Editorial n°642
Intoxications, sécheresse… l’heure du bilan

Dans la plupart des régions, la récolte est maintenant terminée. 2003 s’annonce d’ores et déjà comme une des plus mauvaises années apicoles de ces dernières décennies.

Rien ne nous a été épargnés : gelées printanières, intoxications en avril-mai, sécheresse extrême en juillet-août, sans oublier les dépopulations sur la miellée de tournesol.
Dans un tel contexte, beaucoup de jeunes collègues s’interrogent, car malgré une nette amélioration des cours du miel, la rentabilité n’est pas toujours assurée.

Fort heureusement, l’apiculture a su se diversifier. Gelée royale, pollen, propolis et tous les produits dérivés permettent à bon nombre d’exploitations de ne pas disparaître.

Cependant, ne sombrons pas dans le pessimisme. L’apiculture française a connu d’autres mauvaises récoltes. Courage et ténacité lui ont toujours permis de repartir. Au prix de maints efforts de la part des producteurs.

Quant aux intoxications, le combat continue. Au-delà des systémiques, c’est l’ensemble des procédures d’homologation qu’il faut revoir et en particulier le « risque abeilles ».

La situation du service des homologations décrite par un des ses fonctionnaires devant le juge de Saint-Gaudens mérite que les politiques prennent d’urgence des mesures afin que trois ou quatre personnes n’homologuent plus 16 000 produits par an...

Ceux-ci ne doivent plus être commercialisés si leur toxicité sur l’abeille est démontrée.
Cet objectif, certes ambitieux, ne sera possible qu’avec une apiculture unie et qui travaille en étroite collaboration avec nos collègues européens.

Après Strasbourg en mai, une nouvelle rencontre devrait se concrétiser cet automne en Allemagne.

Lors de la 6e Université d’automne de l’UNAF les 10, 11 et 12 octobre en Dordogne, nous débattrons ensemble de tous ces problèmes, dans la convivialité.

Nous savons déjà que vous y serez très nombreux.

Au plaisir de se rencontrer.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

NB : Pensez à nourrir vos colonies afin de stimuler la ponte et assurer un hivernage correct...

Dernières nouvelles de Ljubljana (Slovénie)

Nous apprenons avec plaisir et fierté la médaille d’or Apimondia obtenue au congrès de Ljubljana par Henri Clément pour le « Traité de l’apiculture » paru aux éditions Rustica.

L’UNAF adresse ses vives félicitations à Henri et ses remerciements à tous ceux qui ont collaboré à cet ouvrage collectif qu’il a dirigé : auteurs, photographes, rédacteurs, etc.

C’est une récompense bien méritée et nous nous en réjouissons.

Les établissements Thomas ont également obtenu une médaille d’or pour leur nouvelle chaîne d’extraction. Un beau succès pour la technologie française.

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Editorial n°641
Stupéfaction !

Le 24 mai 2003, les résultats des expertises effectuées après les intoxications massives du printemps en Midi-Pyrénées sont parvenues : le Fipronil est le responsable de ces hécatombes, comme au printemps 2002. Ces résultats n’ont d’ailleurs guère surpris les apiculteurs victimes, puisque autour de leurs ruchers avaient été effectués les semis de tournesol enrobés Régent® (Fipronil). C’est à nouveau une preuve de l’extrême toxicité de cette molécule sur nos abeilles. Mais le plus grave est que ce toxique est toléré en France depuis 1995, sans autorisation de mise sur le marché.

Une simple autorisation provisoire de vente aurait été délivrée depuis presque dix ans alors que la loi la limite à quatre ans lorsqu’elle est légale. Les apiculteurs, comme l’ensemble de nos concitoyens, sont en droit de savoir pourquoi le ministère de l’Agriculture a publié, le 3 juin 2003, un communiqué de presse affirmant que le Régent a une AMM. Cette affirmation fausse a d’ailleurs été démentie le 4 juin 2003 par la société BASF elle-même (propriétaire de la molécule) qui a publiquement reconnu l’absence d’AMM !

Tout cela est pitoyable et scandaleux. Nous devons dénoncer de telles pratiques. Que ceux qui sont à l’origine de telles complaisances vis-à-vis de l’agrochimie sachent que nous sommes déterminés à faire toute la lumière sur cette affaire. Les coupables, quels qu’ils soient, doivent être punis.

Malgré ces difficultés majeures qui absorbent tant de notre énergie, il faut saluer l’action très positive, relative aux « Jachères polliniques », qui a été initiée par nos collègues de Charente-Maritime. Il faut qu’elle essaime dans les autres régions.

Réjouissons-nous aussi que les Parisiens se mettent à l’heure de l’apiculture, dans le cadre du festival « Paris, quartier d’été », qui va permettre à M. Olivier Darné de faire connaître l’abeille au public. Des ruches sous forme de mobilier urbain seront installées en plein Paris et offriront aux Parisiens et aux touristes un spectacle insolite et attrayant de notre activité.

En août 2003 aura lieu le congrès Apimondia. Nombreux seront ceux qui y participeront.

Je donne rendez-vous à tous pour ma part les 10, 11, 12 octobre pour notre Université d’automne en Dordogne.

Enfin, que ceux qui rencontrent actuellement de graves difficultés dans leur récolte sachent que nous mettons tout en œuvre auprès des pouvoirs publics et de la justice. Qu’ils n’hésitent pas à se rapprocher de nous à chaque fois qu’ils en auront besoin.

A ceux qui ont la chance de ne pas rencontrer ces difficultés, je souhaite la meilleure récolte possible.

Amitiés syndicales à tous !

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

- La victoire de Maurice Mary : assigné en justice par Bayer, Maurice Mary a été jugé par le tribunal de Châteauroux le 24 juin et c’est une belle victoire.
- Intoxication : nous apprenons que les phénomènes d’intoxication sont constatés déjà dans l’Ouest et dans le Sud-ouest lors des miellées de tournesol traité Régent®…

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Editorial n°640
Faudrait-il se taire ?

A l'avenir, les responsables syndicaux devraient-ils se taire ? Ou pourront-ils encore tirer la sonnette d'alarme lorsque la situation l'exige ? Etrange société, si, comme l'a chanté Guy Béart : " Celui qui dit la vérité " devait être... Mais faisons confiance à la justice de notre pays.

Le 13 mai dernier à 14 heures, dans la salle d'audience du tribunal de Châteauroux, les apiculteurs étaient nombreux, parfois venus de très loin, pour être présents aux côtés de Maurice Mary. Dans le calme et la dignité, nous avons écouté, dans un silence religieux, pendant près d'une heure, la plaidoirie de maître Bernard Fau. Son talent d'avocat et une parfaite maîtrise du dossier, solide et étayé par un argumentaire puissant, nous laissent optimistes quant au verdict qui sera rendu le 24 juin 2003.

La presse était également présente. Consciente des enjeux de ce procès extraordinaire, en particulier en ce qui concerne la liberté d'expression, elle a fort bien relaté l'événement. Henri Clément et Yves Vedrenne, les deux autres dirigeants syndicaux assignés par Bayer, ne seront probablement jugés qu'à l'automne. Le premier à Mende, le second à Troyes. En attendant, les intoxications perdurent et s'aggravent. Dans toute l'Europe. La réunion des responsables apicoles européens que nous avions favorisée le 30 avril dernier à Strasbourg, s'est déroulée de façon très positive. Elle a permis de mieux cerner l'ampleur du problème et les difficultés rencontrées sur le territoire de la Communauté pour le résoudre.

A l'avenir, les échanges seront plus fréquents et, via Internet en particulier, plus constructifs. Cette dimension européenne s'avère essentielle. En raison de la multiplication des sujets à résoudre ensemble, nous en aurons de plus en plus besoin.

Après l'écoute et l'action du Parlement européen, c'est la Commission qu'il faut convaincre. Pour le coléoptère Æthina tumida, les responsables apicoles français avaient demandé des mesures de précaution rapides afin de retarder son arrivée dans nos ruchers. Le texte élaboré en janvier devait être signé par deux ministres. Six mois pour deux signatures : sans commentaire.

De toute façon, à l'échelon européen, la Commission a décidé de se hâter de ne rien faire... et donc, toute décision française aura une efficacité voisine de zéro !

Les informations provenant des pays infestés témoignent pourtant d'un problème très sérieux. Il serait peut-être grand temps d'intensifier la recherche pour trouver un traitement efficace. Sur cette question également, les divers pays européens doivent unir leurs efforts pour une meilleure efficacité.

Pour faire entendre notre voix, restons unis et déterminés. Seuls, chacun dans notre coin, nous n'obtiendrons pas grand résultat. Motivés, les apiculteurs sont de plus en plus nombreux à agir dans leurs syndicats, tant au niveau local que national ; c'est très net en cette fin de premier semestre 2003. Voilà une bonne nouvelle qui nous stimule et nous réchauffe le cœur. Après une récolte de colza correcte dans la plupart des régions, l'acacia a surtout brillé par son absence dans la plupart des régions.

Pour les miellées à venir, l'espoir est toujours là.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

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Editorial n°639
D'heureuses initiatives…
Cap vers l'Europe !

Depuis 7 ans, les apiculteurs français essaient, de leur mieux, de lutter contre les intoxications dues à des produits d'enrobage de semences homologués à la légère, sans aucun véritable contrôle effectué par les pouvoirs publics des dossiers établis par le fabricant. En essayant de trouver des zones indemnes de traitements, en faisant l'impasse sur les récoltes de tournesol, en transhumant dans des régions plus protégées...

On leur a souvent reproché, avec un brin d'ironie, d'être les seuls de par le vaste monde...
En effet, il était surprenant que ce type de problème soit " franco-français ", ces produits étant commercialisés aujourd'hui dans la plupart des pays.

L'explication est pourtant simple : c'est en France et surtout dans l'Ouest, que ces molécules ont commencé à être employées à vaste échelle sur les surfaces de tournesols et de maïs. Et très souvent, dans ces régions, le maïs représente durant cette période l'unique deuxième source de pollen.

Les problèmes similaires n'ont pas tardé à apparaître chez nos voisins européens, en particulier belges et allemands, et confirment bien cette hypothèse. Il était temps de se réunir car les molécules incriminées vont être expertisées par la Communauté européenne dans les prochains mois.

Lorsque nous avons émis l'idée de cette rencontre, lors de la réunion du COPA, elle a été aussitôt soutenue par plusieurs délégations. Le 30 avril 2003, les responsables apicoles européens se sont retrouvés à Strasbourg avec des scientifiques et des juristes pour d'abord échanger les informations et ensuite, envisager des stratégies plus efficaces.

Ensemble, nous serons plus forts !

Le 10 septembre dernier, à l'AFSSA, le docteur Gérard Arnold avait clairement tiré la sonnette d'alarme : la commission d'experts qui homologue les molécules au niveau européen doit être composée de scientifiques, spécialistes de l'abeille et financièrement indépendants par rapport aux firmes phytosanitaires. Cela semble une évidence. Nous remercions le docteur Arnold de l'avoir dit haut et fort.

Pour y réfléchir, scientifiques apidologues et parlementaires européens se sont retrouvés à Bruxelles le 28 avril 2003. Nous remercions M. Dominique Souchet, sénateur de la Vendée, qui a initié cette rencontre avec Mme Lulling et M. Lannoye.

Une heureuse initiative dont nous nous félicitons.

Sous la houlette de notre ami Etienne Bruneau enfin, directeur du CARI - institut apicole belge - sera organisé les 22 et 23 novembre 2003 à Louvain-la-Neuve en Belgique, le premier Congrès européen apicole dont le thème sera : " Quel avenir pour l'apiculture européenne ? ".

Troisième bonne initiative ! J'invite les apiculteurs français à se rendre nombreux à ce congrès.

L'Europe apicole doit se construire. Sa survie en dépend.

Les responsables apicoles français, quant à eux, avaient rendez-vous le mardi 29 avril dernier à Mouchard, dans le Jura ; pour participer à l'inauguration des nouveaux locaux de la coopérative France-Miel, et aborder ensuite les nombreux dossiers apicoles en cours.
Parallèlement à cette intense activité syndicale, le travail au rucher a repris.

Malgré un début de printemps peu favorable, tous les espoirs sont encore permis, la plupart des miellées étant devant nous…

Enfin, d'ores et déjà, retenez votre week-end du 10, 11 et 12 octobre 2003 pour vous rendre en Dordogne à la sixième Université d'automne de l'UNAF de Périgueux/Boulazac. Conférences, exposition de matériel, échanges entre apiculteurs autour de la Commission technico-économique… Le grand rendez-vous de l'automne ! Avec, en prime, le plaisir de découvrir une superbe région.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

Imminent ! Assigné par la société Bayer il y a deux ans pour " dénigrement du produit Gaucho ", Maurice MARY sera jugé le 13 mai prochain à 14 heures au tribunal de Châteauroux. Cette affaire revêt une importance particulière pour la liberté d'expression syndicale. Les apiculteurs sont invités à venir nombreux soutenir notre ami Maurice (dans le calme et la dignité, aucune manifestation n'étant à l'ordre du jour).

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Editorial n°638
Varroase et les intoxications

La principale tâche des responsables apicoles est de gérer, au mieux, les problèmes du présent et de préparer l'avenir dans les meilleures conditions possibles.

Durant les vingt dernières années, l'apiculture a été confrontée à trois problèmes majeurs : la chute des cours du miel, la varroase et les intoxications.

Le marché du miel s'est récemment amélioré mais de façon "artificielle" car la hausse des cours est due essentiellement à l'interdiction d'importation dans la Communauté européenne du miel chinois en raison de son taux d'antibiotiques, à une baisse de la production dans l'hémisphère sud, et pour la France à une brutale chute de production du miel de tournesol depuis l'arrivée des enrobages de semences avec des neurotoxiques. La remontée des cours observée en 2002 perdurera-t-elle plusieurs saisons ? A cette heure, nul ne peut y répondre.

La varroase. Si quelques signes, comme le retour des essaims sauvages ou la vitalité de colonies non traitées semblent démontrer çà et là que l'équilibre hôte-parasite paraît se dessiner - après tout, notre abeille avec ses quarante millions d'années, a su maintes fois s'adapter - les difficultés demeurent à trouver un traitement naturel, efficace et d'un coût raisonnable. La vigilance la plus étroite doit constituer le quotidien de chaque apiculteur.

Avec les intoxications, ce sont des pratiques élaborées et effectuées par l'homme qui sont mises en cause. Une gestion plus respectueuse de l'environnement doit être redéfinie dans les plus brefs délais. Après les hécatombes des années 60 et 70, voici maintenant depuis 10 ans les pertes insidieuses, dramatiques, dues aux insecticides systémiques.

Et les OGM ? Tous les scientifiques sérieux s'accordent à reconnaître que les insecticides, même produits par les plantes elles-mêmes, ne seront pas toujours sélectifs pour l'abeille, sans oublier les risques de dissémination vers la flore sauvage dus à la pollinisation.

Mais ces trois sujets ne doivent, en aucun cas, en occulter un quatrième : le vieillissement des apiculteurs. Ce phénomène est inquiétant car il touche toutes les catégories, y compris l'apiculture de loisir. La perte de rentabilité et les mortalités de colonies ne sont pas les seules responsables. Si, dans les années 70, conjointement à l'engouement vers la nature de nombreux citadins, l'abeille et l'apiculture ont séduit de nouvelles générations, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Pourtant la protection de l'environnement, l'attrait des loisirs et les activités de la campagne devraient nous rendre optimistes.

L'abeille et son rôle pollinisateur doivent être mieux connus et donc mieux enseignés. Pourquoi l'abeille est-elle quasi absente des lycées agricoles, des instituts d'agronomie, des écoles vétérinaires ? Elle a même disparu des programmes de biologie des classes de 5e ! A nous de nous efforcer d'y remédier. L'UNAF a donc décidé d'interpeller le ministère de l'Education nationale, afin que très rapidement, dans les nouveaux programmes, l'abeille retrouve la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Espérons qu'il saura répondre favorablement à cette demande légitime. Dans tous les cas, l'apiculture ne trouvera des solutions que si elle sait se rassembler.

Le SNA, le SPMF et l'UNAF, qui constituent la Coordination nationale des apiculteurs, viennent de déposer un nouveau recours en Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation de la décision du ministre de l'Agriculture de ne pas suspendre l'autorisation de mise sur le marché du produit Gaucho sur le maïs. D'autres éléments de la filière apicole doivent également se joindre à nous à l'intervention volontaire en défense. Comme d'ailleurs plusieurs associations environnementales. Nous nous en réjouissons. Nous finirons bien par nous faire entendre.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

Info dernière. Assigné par la société Bayer il y a deux ans pour dénigrement du produit " Gaucho ", Maurice MARY sera jugé le 13 mai prochain à 14 heures au tribunal de Châteauroux. Les apiculteurs seront présents.

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Editorial n°637
Réactions…

A la suite du communiqué de presse de l'agriculture, inacceptable pour la profession, plusieurs réactions ou éléments nouveaux survenus durant la deuxième quinzaine de février, nous indiquent une évolution sensible et positive de notre combat contre les pesticides homologués à la légère.

Les éleveurs

A la suite de l'occupation (pacifique mais déterminée) de leur chambre d'agriculture par nos collègues de la Sarthe, les volailles "Loué" (label) ont préféré "prévenir que guérir" en s'interdisant le Gaucho® et le Régent® sur les 28 000 ha de céréales qui servent à l'alimentation de leurs poulets. Le bœuf du Maine et le porc sarthois ont suivi. Incontestablement, avec ces nouveaux alliés et leur poids économique, notre combat va prendre une autre dimension et, espérons-le, une autre efficacité. A nous, maintenant, d'agir et d'inviter d'autres groupements de producteurs à reprendre cette initiative courageuse et raisonnée. Et si 80 000 apiculteurs, leurs familles et leurs amis, font la promotion des poulets "Loué", leurs concurrents seront obligés de réagir !

Les maires

Le maire de Frémifontaine, dans les Vosges, a décidé d'interdire Gaucho et Régent sur sa commune et, à ce jour, d'autres élus lui emboîtent le pas.

Les associations

Plusieurs associations environnementales, et non des moindres, nous ont rejoints et souhaitent participer à notre combat juridique. La requête en Conseil d'Etat va être déposée dans les jours à venir. A l'initiative de l'ensemble des syndicats apicoles.

Les consommateurs

Plusieurs milliers de pétitions ont d'ores et déjà été retournées à l'UNAF. Continuez à la diffuser et pensez à faire adhérer vos clients et vos proches à l'association "Terre d'Abeilles" qui est en train de prendre un essor nouveau (vous pouvez demander à l'UNAF les nouveaux bulletins d'adhésion).

Etranger

En Allemagne, à la suite de l'homologation du Gaucho sur colza, nos collègues du DBIB (syndicat professionnel allemand) viennent de demander officiellement le retrait de l'imidaclopride. La très nette augmentation des pertes de colonies en zone de grande culture serait à l'origine de cette décision. Dans certains secteurs, la mortalité oscillerait entre 40 et 80 % des colonies. Ils ont reçu le soutien de la plus puissante association de défense de l'environnement, NABU. Ainsi, après le Canada, l'Italie, le Portugal, l'Espagne, ce sont nos voisins d'outre-Rhin qui sont considérablement touchés. Ensemble, apiculteurs de tous les pays, unissons nos efforts pour sauver l'abeille.

La pression monte chaque jour, nous finirons par gagner.

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

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Editorial n°636
Inacceptable !

Un simple communiqué émis par le ministre de l'Agriculture a mis fin aux espoirs légitimes du monde apicole de voir enfin réglé le problème posé depuis plus de 7 ans par l'insecticide systémique " Gaucho ". Les preuves scientifiques de sa toxicité à dose infinitésimale, mise en évidence par les chercheurs des organismes scientifiques publics du CNRS ou de l'INRA, reconnues par ailleurs par Mme la ministre de l'Environnement elle-même, n'ont pas été prises en compte.

Tout comme l'avis de la Commission des Toxiques, qui juge que le produit incriminé n'est pas le seul responsable (ceci est une évidence !) et reconnaît enfin qu'il est donc co-responsable...

Tout comme l'arrêt du Conseil d'Etat, qui estimait que la preuve de la non-toxicité devait être apportée, sinon qu'il devait être retiré du marché...

Tout comme le soutien apporté par de très nombreux élus issus de tous les horizons politiques...

Tout comme le soutien de nos concitoyens, enfin, pour qui les traitements sur cultures représentent la plus grande inquiétude en matière d'environnement et de santé, devant la vache folle et les OGM...

Les pressions exercées par les firmes phytosanitaires, pour qui ces molécules génèrent des bénéfices colossaux et par certains producteurs, pour qui la facilité de travail et la productivité sont prioritaires au détriment de l'environnement et donc des abeilles... ont donc été les plus fortes.

Nos gouvernants maintiennent donc le " Gaucho " et jugent que la cause des phénomènes de dépopulations réside chez les apiculteurs eux-mêmes. Les apiculteurs ne travaillent pas correctement. Il faut élaborer un guide des bonnes pratiques ! Ce sera d'ailleurs un des buts prioritaires de l'Institut technique... quand il verra le jour. Comme de faire travailler davantage les agents sanitaires, même si on réduit les budgets qui leur sont alloués...

En fait, seuls les apiculteurs installés hors des zones de grandes cultures ou qui transhument sur le châtaignier en forêt ou sur la bruyère doivent être bons. Les autres, compétents il y a encore dix ans, ont dû perdre toute leur expérience et leur savoir-faire. Apiculteurs de France, vous êtes mauvais ! A en rire ou à en pleurer...

Voilà les grandes lignes du plan de relance. Aucune ligne budgétaire. Rien. Lors de notre entrevue avec M. Perrot, chef de cabinet du ministre de l'Agriculture, nous lui avions soumis l'idée de déconnecter la mesure T des nouveaux CAD qui remplacent les CTE, pour en faire une vraie mesure de relance et permettre au plus grand nombre d'en bénéficier vite et en toute simplicité... En vain.

Naturellement, nous restons plus déterminés que jamais. Dans les jours à venir, nous allons déposer un nouveau recours en Conseil d'Etat. Il semble que le SNA et au moins la section SPMF de Poitou-Charentes Pays de Loire nous rejoignent dans cette démarche, ainsi que d'autres associations de défense de l'environnement. Une apiculture rassemblée constitue le meilleur gage de réussite.

Nous allons relancer une pétition (voir page 10) et faire mieux connaître à l'ensemble de nos concitoyens le sujet et les risques inhérents à ce type de produit. On se rengorge aujourd'hui d'agriculture " raisonnée " ; l'usage systématique des " Gaucho " et autre " Régent " est en totale contradiction avec ce concept.

Des manifestations d'apiculteurs élargies au grand public auront lieu dans plusieurs régions de France. Nous vous en tiendrons informés. L'association " Terre d'Abeilles " doit donc jouer un rôle de premier plan. Il est urgent que vous en parliez à votre entourage, à vos amis, à vos clients et que vous les engagiez à adhérer.

Plus nous serons nombreux à faire pression, plus nous serons forts. Si nous ne réussissons pas à gagner ce combat, certes long et difficile, l'avenir de l'abeille et donc des apiculteurs est fortement compromis. Mobilisons-nous, tous ensemble !

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF

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Editorial n°635
Un Institut technique ?

Le 25 novembre dernier, le ministère de l'Agriculture nous a proposé la création d'un Institut technique apicole (voir les propositions exactes du ministère page 7). Les composantes de l'apiculture ont été invitées à donner leur avis sur ce projet avant fin décembre. L'utilité pour assurer l'avenir de l'apiculture française d'un tel outil ne fait aucun doute. Trois questions évidentes se posent : un institut pour quoi faire ? Avec quels moyens ? Et qui en assurera la gestion ? Le 13 décembre le bureau de l'UNAF a tenté de répondre à ces trois questions.

Soyons pragmatiques : les missions doivent répondre aux problèmes qui se posent à l'apiculteur français d'aujourd'hui et de demain : quels sont-ils ?

D'abord pouvoir encore produire du miel et autres produits de la ruche et ensuite pouvoir les commercialiser à un prix rémunérateur.

Répondre à ces deux questions permet de définir les missions dudit institut.

Pour produire du miel, chacun le sait, il faut que les colonies soient en état de produire ; l'institut devra donc nous aider à régler les problèmes pesticides, varroa et autres pathologies (sans oublier les OGM ?). Mais avoir de belles colonies ne suffit pas, il faut aussi des sources nectarifères.

Deuxième problème : l'embellie que connaît le marché mondial actuel pourrait bien être de courte durée. Démontrer les qualités du miel en tant qu'aliment pour éviter sa banalisation et mieux définir les qualités spécifiques de nos divers miels français constitueront l'atout majeur pour résister à la concurrence des pays où les récoltes sont parfois 5 fois supérieures aux nôtres avec, en plus, une main-d'œuvre bon marché.

Si chacune des différentes composantes de l'apiculture est responsable, un consensus peut et doit être trouvé quant aux missions de cet institut.

Une bonne gestion ne sera possible que si toutes les structures sont représentées dans son conseil d'administration. Les apiculteurs devront y être majoritaires.

Quant à la gestion financière, il conviendra de ne pas commettre les erreurs du passé avec le gaspillage de l'argent du contribuable et des apiculteurs.

La mise en place d'un tel outil sera sûrement longue et difficile. Mais avons-nous le droit de ne pas tout mettre en œuvre pour réussir ?

Le ministre de l'Agriculture doit se prononcer sur le retrait de l'AMM du Gaucho, avant le 23 janvier, comme le lui a demandé le Conseil d'Etat.

Les pressions exercées par le pouvoir économique des firmes phyto et la toute-puissante filière maïs sont considérables. Dans un tel contexte, la Coordination des Apiculteurs de France appelle encore une fois à manifester le 12 janvier avec l'aide de l'ensemble de la population, car, au-delà de l'abeille, l'épandage de tels poisons se retrouvent dans l'eau que nous buvons, dans l'air que nous respirons et dans la nourriture que nous consommons, Toute la population est concernée.

Je vous engage donc à participer nombreux aux rassemblements de Poitiers et Toulouse le dimanche 12 janvier.

N'hésitez pas à inviter parents et amis à défiler avec nous. C'est l'avenir de nos enfants qui est en jeu.

Je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux pour l'année 2003.

NB : La réunion de la Commission Technico-Economique et l'assemblée générale de l'UNAF auront lieu les vendredi 21 et samedi 22 février 2003, 26, rue des Tournelles à Paris (siège de l'UNAF).

Jean-Marie Sirvins
Président de l’UNAF