ABEILLES ET FLEURS Archives Editoriaux 2006

Editorial n°678
Mais que fait donc le ministère de l’Agriculture ?

Dans le cadre de l’instruction judiciaire ouverte à Saint-Gaudens sur la molécule active « fipronil », nous avons récemment pris connaissance des recours devant le Conseil d’Etat déposés par la société BASF visant à obtenir l’annulation des arrêtés d’interdiction des produits phytosanitaires à base de « fipronil » à usage agricole, pris au printemps 2005.

Nous avons été naturellement étonnés de n’avoir pas été informés de ces recours par les services de la DGAL que nous avions pourtant rencontrés à plusieurs reprises en 2006.

Alors que l’Union Nationale envisage d’intervenir en défense aux côtés du ministre pour défendre ces arrêtés, nous avons découvert avec surprise et consternation qu’à ce jour que les services juridiques de ce même ministère n’avaient encore déposé aucun mémoire en défense devant le Conseil d’Etat dix-huit mois après le début de la procédure, ce qui risque de se révéler préjudiciable aussi bien pour l’autorité politique que pour les abeilles et les apiculteurs. Inutile de dire que cette situation, si elle nous laisse perplexe, ne nous laissera pas sans réaction appropriée.

Par ailleurs, nous avons pris connaissance des premiers rapports d’expertise intermédiaires réalisés au plan européen par l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, tant sur l’imidaclopride, matière active du « Gaucho » que sur le fipronil, matière active du « Régent TS ». Les effets sur abeilles sont traités avec une désinvolture révoltante... Hervé Gaymard avait mis en place un Comité Scientifique et Technique, composé d’experts afin qu’il étudie en profondeur et avec rigueur scientifique, notamment l’impact de ces molécules sur les colonies d’abeilles.

Ces travaux se sont poursuivis et ont donné lieu à un rapport final particulièrement accablant pour l’imidaclopride et vont donner lieu à un rapport final imminent – que la DGAL semble retarder – sur le fipronil. Alors que la France est le pays rapporteur pour le fipronil, aucun rapport concernant cette molécule n’aurait été transmis à l’AESA... Pour l’imidaclopride, les études prises en compte par l’AESA n’ont pas intégré les conclusions du rapport final du CST car lui non plus n’aurait pas été transmis...

Enfin, sans que le représentant de la France ne s’en offusque, les expertises réalisées par l’AESA à l’échelle européenne s’affranchissent délibérément des règles élaborées par la Commission européenne imposées par la directive 91/414 pour la protection des abeilles, alors que ces règles ont été au contraire retenues par le Conseil d’Etat à plusieurs reprises.

Il faut y ajouter que la directrice de l’AESA n’est autre que Mme Geslain Lanéelle qui fut directrice de la Direction générale de l’Alimentation au ministère au moment où avaient été renouvelées des autorisations du Gaucho et du Régent et que l’AESA ne peut donc ignorer cette question. Pour finir, je dois évoquer que le 20 juin 2006 est paru au Journal officiel un arrêté supprimant les déclarations annuelles de ruches auprès des DSV à l’exception d’évolution « notable du cheptel ». Cette décision est inacceptable pour l’ensemble de la profession car elle prive les agents sanitaires de données précises essentielles à la bonne gestion de crises sanitaires toujours possibles et va à l’encontre des exigences européennes en matière de statistiques, qui sont indispensables à toute filière.

Aussi, dans l’attente du rétablissement du système antérieur, nous engageons les apiculteurs à procéder comme par le passé et donc à adresser systématiquement leur déclaration de ruche à leur DSV.

Nous bénéficions jusqu’à présent d’un automne particulièrement chaud – le plus chaud qu’ait connu la France ces dernières années – et ces belles journées se sont révélées favorables à nos abeilles qui ont pu exploiter la flore de l’arrière-saison. Il faut s’en réjouir car c’est presque un cadeau à l’approche de Noël.

Eric Tourneret nous a offert une superbe photo de couverture : un apiculteur en toute sérénité devant le mont Blanc. Nous remercions Eric qui vient de publier une magnifique série de cartes et de posters. De belles idées de cadeau pour Noël. A toutes et à tous, je souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année !

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°677
Un congrès réussi

Le XVIe Congrès national de l’apiculture française, qui s’est déroulé les 13, 14 et 15 octobre au parc des expositions de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, a connu un vrai succès. Les organisateurs, et en particulier l’équipe du syndicat de l’Ain, dévouée et efficace autour du président Saunier, peuvent être satisfaits.

Accueil, salle de conférence, restauration étaient en tout point remarquables. En outre, la filière apicole, au grand dam de nos détracteurs, était rassemblée autour de ses leaders. Tous les syndicats et structures techniques étaient présents.

De très nombreux apiculteurs venus de toute la France mais également de Suisse et de Belgique s’étaient déplacés pour découvrir l’exposition où de nombreux stands présentaient leurs productions et leurs dernières nouveautés. Dans les allées ou au restaurant, les producteurs se retrouvaient, discutaient longuement sur l’apiculture et échangeaient leurs expériences mutuelles. Un des plaisirs des Congrès...

L’UNAF a fêté l’anniversaire de ses 60 ans autour d’un apéritif apprécié de tous.

Plusieurs conférences, comme celles de Jos Guth, de Bernard Vaissière ou sur l’apithérapie, ont été fort appréciées. En revanche, hormis les interventions de scientifiques de l’INRA ou du CNRS, les conférences sur les problèmes de pesticides ou d’OGM décevaient une large partie du public. L’équipe de l’AFSSA de Sophia-Antipolis, qui s’était déplacée en force, n’a pas vraiment surpris l’auditoire en tenant le sempiternel discours qui, d’un côté, innocente les pesticides dans les problèmes rencontrés au niveau du cheptel et d’un autre côté accuse les apiculteurs de mauvaises pratiques et rend ces dernières responsables de tous les maux...

Qui veut faire « gober » aux apiculteurs que l’insecte « abeille » peut s’accommoder sans problème de son environnement de plus en plus contaminé par les insecticides, comme en témoignent les résultats de leur propre enquête prospective multifactorielle. Aurait-on perdu tout bon sens ?

Les responsables apicoles ont saisi l’opportunité de la manifestation pour tenir plusieurs réunions. Le vendredi 13 : réunion du Groupe miel du Copa-Cogeca rassemblant les apiculteurs européens. Le samedi 14 : réunion du comité de pilotage apiculture pour l’application du règlement européen.

Enfin, sur proposition de la CNTESA et de l’UNAF, le samedi après-midi se tenait une ultime rencontre entre les différents responsables, pour essayer de mettre sur pied un ambitieux « Salon des abeilles et des produits de la ruche », destiné au grand public, fin novembre 2008 à Paris. L’accent serait mis sur les productions apicoles de nos régions. Des conférences, des jeux, des démonstrations, des expositions, des animations attireraient petits et grands.

A l’unanimité, l’idée a reçu un accueil favorable. Il a donc été décidé de créer une association ayant pour seul objet la réalisation de ce salon. Cette association rassemblera tous les partenaires : syndicats (SNA, SPMF, UNAF), associations techniques (CNDA, CNTESA), négociants (syndicat français des miels), fabricants de matériel et fédération des coopératives. Nous nous en félicitons et nous sommes persuadés que cette manifestation connaîtra un succès comparable au « Salon du chocolat » et permettra d’assurer une communication sans précédent sur l’abeille et les produits de la ruche.

Si aujourd’hui la France produit moins de 20 000 tonnes, soit moins de 50 % de sa consommation, il convient toutefois de mieux faire connaître l’apiculture, la richesse et la diversité de nos produits.

Les apiculteurs désirant bénéficier des mesures d’aides à la transhumance, aménagement d’emplacement, achat de remorques, de chargeurs, de débroussailleuses, de palettes... doivent demander les dossiers à Viniflhor (nouvelle appellation de l’Onhiflor) ou à l’UNAF et les renvoyer rigoureusement remplis et complets à Viniflhor avant le 15 décembre 2006.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°676
Lettre ouverte à Michel Collonge, éditorialiste de "La France Agricole"

Cher Monsieur, c’est avec une véritable émotion que nous avons découvert l’éditorial de « La France Agricole » du 8 septembre dernier. Depuis sa création à la fin de la seconde guerre mondiale, votre hebdomadaire avait superbement ignoré notre modeste activité, et au fil de plus de 3 000 numéros presque aucune ligne d’éditorial n’a été consacrée à l’apiculture. Nous pensions pouvoir nous réjouir à la lecture d’une prose consacrée intégralement à notre activité, et au qualificatif « d’indispensable » nous nous préparions à vous fêter avec élan et à vous témoigner notre gratitude pour cette tardive, mais élogieuse reconnaissance de notre minuscule labeur. L’allégresse soudaine, suscitée par tant d’intérêt pour notre avenir, a fait place avec une égale promptitude à une abyssale consternation. Si longtemps absents des préoccupations de vos colonnes, nos abeilles et ceux qui les élèvent font assurément aujourd’hui les frais de leur méconnaissance par votre rédaction. Unanimement nous vous trouvons là quelques excuses... Des rappels de base s’imposent.

Pour que les ruches produisent du miel, elles doivent conjuguer plusieurs paramètres : des colonies populeuses, des ressources nectarifères importantes et des conditions météorologiques favorables. Dans les zones de grandes cultures durant les années Gaucho-Régent, les ressources et les conditions météo ont été favorables, mais les colonies ont été dépeuplées. Au total, pas ou peu de miel et des colonies en fort mauvais état. Depuis le retrait de ces produits, les colonies sont populeuses, les ressources au rendez-vous des butineuses, mais la météo ne suit pas, tandis que les effets toxiques localisés dus à la rémanence du Gaucho-blé contaminent encore largement certains secteurs.

En Provence, terre de lavande, depuis quatre ans les colonies sont populeuses et les ressources bien présentes mais les conditions météorologiques défavorables – canicule et vent du nord – et les récoltes sont faibles. Il ne vient à l’idée de personne – pas même dans votre rédaction – de reprocher aux agriculteurs confrontés à la sécheresse et à la canicule parfois depuis plusieurs années, de ne pouvoir récolter leurs fourrages en quantité suffisante. Qu’il ne vienne à personne l’idée de reprocher aux abeilles de peu récolter dans les mêmes circonstances. Loin d’être comme vous semblez le croire, un fantasme franco-français, les difficultés générées par les pesticides systémiques ont été dénoncées dans tous les pays d’agriculture intensive où l’apiculture est développée. L’actualité la plus récente, dont vous ne manquerez pas je suis sûr de vous faire l’écho, rapporte que nos collègues argentins déplorent des dépopulations calamiteuses de leur cheptel actif sur le tournesol Gaucho, et ils nous interrogent gravement sur le moyen de le faire interdire.

Vous déplorez la division de l’apiculture et vous pourriez avoir raison si vous ne deviez relativiser ce mal fort répandu en France, même dans la presse agricole. Nous la déplorons aussi, parfois, sans la confondre avec la diversité. Les acteurs du monde agricole sont eux-mêmes aujourd’hui très diversifiés : la FNSEA, la Confédération paysanne, le Modef, la Coordination rurale s’expriment par des voix différentes et parfois dissonantes. Pour ce qui est de l’apiculture, j’ai le sentiment que dans les grands combats nous avons toujours réussi à rassembler les trois syndicats majeurs lors de nos actions au sujet du « Gaucho » et notamment lorsqu’il s’est agi à son propos de saisir le Conseil d’Etat en désespoir de cause. Les décisions du Conseil d’Etat, toujours favorables à nos thèses, auraient largement mérité l’honneur de vos éditoriaux, tant il est exceptionnel que les grands corps de l’Etat se penchent sur un sort aussi minuscule. Nous en aurions été heureux et vos éditoriaux auraient alors vanté la démarche structurée d’une profession regroupée pour faire entendre sa voix.

L’UNAF, pour sa part, cherche je crois toujours à rassembler.

Elle participe à la « Coordination des Apiculteurs » qu’elle a contribué à fonder.

Elle a renoncé à organiser cette année sa traditionnelle « Université d’automne », pourtant fort attendue, afin de ne pas interférer sur la tenue du Congrès national de l’apiculture qui va se dérouler à Bourg-en-Bresse dans les prochains jours et auquel elle participera avec tous les acteurs de l’apiculture française.

Elle a créé la CNTESA, association d’assistance technique, mais par souci de rassemblement, d’efficacité et d’œcuménisme, l’a fait adhérer au Centre National de Développement Agricole. En août 2005, pour servir les intérêts de l’ensemble de la filière miel française, l’UNAF a présenté la candidature de la France pour l’organisation du Congrès mondial de l’apiculture 2009 à Montpellier, pour succéder au Congrès de Melbourne en 2007, et l’écrasante majorité des pays membres d’Apimondia a jugé que cette proposition était la meilleure. Le congrès Apimondia 2009 se déroulera ainsi en France.

Il paraît difficile devant ces réalités, que vous affirmiez comme vous le faites que les leaders de l’apiculture sont mauvais. Vous ignorez le maillage du territoire par les structures techniques et professionnelles qui œuvrent quotidiennement sur le terrain, souvent en lien avec les pouvoirs publics. Vous confessez votre préférence pour des dirigeants plus souples d’échine notamment sur le terrain de produits phytosanitaires... plus innovants, selon vos termes.

Vous saluez l’action positive de firmes commerciales agrochimiques à l’égard de l’apiculture, sans vous interroger un instant sur le paradoxe fondamental qu’elle illustrerait si elle était réelle.

Vous tenez pour remède à toute chose, des jachères fleuries...

Vous jugez les chercheurs français médiocres, cependant qu’à l’INRA d’Avignon, à l’INRA de Lusignan, au CNRS de Gif-sur-Yvette, au CNRS d’Orléans, à l’Université de Toulouse et de Montpellier, des scientifiques épousent la passion d’aujourd’hui pour la Terre de demain et publient les avancées constantes de la France en écotoxicologie ou en apidologie, dans les revues les plus prestigieuses où ils sont salués par leurs pairs de la communauté internationale.

Quelle triste prose que la vôtre en fin de compte, Monsieur.

L’apiculture que vous décrivez n’est pas celle que je connais, fière, battante et appliquée, ouverte sur le monde et sur l’économie de marché, soucieuse de préserver ses caractères d’exception et son rôle dans la biosphère, structurée et vigilante. Venez vers nous !

Faites retentir avec nous l’alarme donnée par toute l’apiculture française, pour aborder sans dérobade les vraies questions d’une agriculture de demain soucieuse à juste titre de préserver son noble rôle de production et l’intérêt des agriculteurs, sans exposer l’environnement, ni la santé des exploitants ni celle des consommateurs, et associez-vous à « cet immense courant de sympathie dans les médias et l’opinion » dont vous nous créditez généreusement et avec gourmandise.

Il est encore temps. Croyez-moi.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

Extraits de l’éditorial de Michel Collonge dans « La France Agricole » du 8 septembre 2006 : « Les apiculteurs sur la mauvaise voie »

(…) « La filière apicole est mal en point. Les importations de miel continuent leur progression et le doute commence à gagner les esprits les plus fortement convaincus. Le temps est maintenant venu d’aborder sans dérobade les vraies questions pour sauver une activité indispensable et particulièrement attachante.

L’apiculture est surtout victime d’elle-même, de ses divisions, de sa recherche permanente de dérivatifs pour tenter de masquer les véritables raisons de ses difficultés et pour refuser d’aborder la réalité avec courage. Aujourd’hui, la représentation syndicale divisée a perdu une bonne part de sa crédibilité. Il est devenu essentiel de bâtir une organisation professionnelle débarrassée de tous les a priori qui sclérosent la profession. De plus, la remise sur pied d’une structure technique pour fédérer toutes les initiatives de recherche est plus que jamais indispensable. Il est totalement paradoxal que les pistes innovantes dans le domaine de la recherche apicole (alimentation des abeilles, parasitisme bactérien) viennent d’Allemagne, d’Espagne ou de Belgique. La France est en droit de s’interroger sur la qualité de ses propres chercheurs du fait de quelques individualités qui se sont fourvoyées dans un débat doctrinaire et qui n’arrivent pas à en sortir. »

(…) « Il faut maintenant dépasser les affaires Régent et Gaucho et commencer à en tirer tous les enseignements. La posture intenable de la représentation apicole devrait créer un sursaut à la condition que de nouveaux leaders émergent. Si tel était le cas, le secteur pourrait tirer le meilleur parti de l’immense courant de sympathie qui s’est manifesté dans les médias et l’opinion. Un tel élan positif est un atout considérable. Encore faut-il savoir le faire fructifier en quittant le discours protestataire et négatif. Des voies pour sortir la production de miel de l’impasse sont maintenant tracées grâce à des actions extérieures. Certaines entreprises de l’agrochimie ont d’ailleurs joué un rôle important pour les faire émerger. L’apiculture est-elle disposée à s’imposer des guides de bonnes pratiques ? Si tel était le cas, elle pourrait travailler en bonne harmonie avec les autres professions agricoles dans un intérêt commun et partagé. »

Michel Collonge
« La France agricole » du 08-09-2006

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Editorial n°675
Une petite année…

L’été s’achève... il convient de dresser un premier bilan de la saison apicole. Si dans la plupart des régions les miellées de printemps, colza, acacia, se sont révélées plutôt bonnes, les suivantes se sont montrées bien plus capricieuses. La météo, il est vrai, ne nous a pas été favorable. Le mois de juillet a été caniculaire : une nouvelle fois la sécheresse, aggravée par un vent du nord persistant, s’est installée dans une grande partie du territoire... Quant au mois d’août, guère plus avantageux, il a fait subir sécheresse opiniâtre à certains, et averses, vent froid et température en nette baisse à d’autres... Dans les zones où les pluies sont tombées au bon moment ou dans les parcelles irriguées, les tournesols ont plutôt bien donné. L’absence de traitements de semences porte ses fruits et les apiculteurs retrouvent ruches populeuses et barbes d’abeilles les soirs de grandes chaleurs. En revanche, dans les terres sèches, privées de pluie et non arrosées, les tournesols ont porté de petits capitules et les récoltes ont, elles aussi, été fort maigres... Pour les zones de tournesols cultivés après des céréales traitées « Gaucho », la situation, aggravée par une sécheresse rare, demeure problématique. Pour le châtaignier comme pour le miel de montagne, la récolte a fluctué en fonction des orages. Pour la lavande, la série noire se poursuit, et seuls quelques rares kilos ont pu être extraits. Quant au sapin, seuls quelques terroirs ont été, semble-t-il, privilégiés. En un mot, une petite année qui ne permettra pas à la France de retrouver un niveau de production digne de son apiculture. N’oublions jamais que l’activité apicole ne peut connaître de bons résultats que si trois éléments sont réunis : de belles colonies, un riche potentiel mellifère et de bonnes conditions météorologiques. Lorsqu’un de ces facteurs fait défaut, les récoltes s’en ressentent aussitôt. Sans oublier l’impact des intoxications, toujours possibles...

L’ensemble de la filière a travaillé avec les services du ministère de l’Agriculture, avec l’appui technique du CNDA, à l’élaboration d’une nouvelle mesure agro-environnementale qui prendrait le relais des CAD signés à ce jour par tout de même 750 apiculteurs. Si la nouvelle mesure s’inspire largement de la mesure précédente, faut-il encore qu’elle soit validée par Bruxelles et surtout qu’elle soit inscrite dans les programmes élaborés au plan régional par les directions régionales de l’Agriculture et de la Forêt. Or, à ce jour, seule la région Pays de Loire a inscrit une mesure apicole dans son projet... Il convient donc d’alerter sans tarder les chambres d’agriculture, les directions départementales, les directions régionales, les conseils généraux et les conseils régionaux pour que cette mesure soit inscrite sans tarder, sinon les apiculteurs seront écartés et ne pourront donc pas bénéficier de cette MAE. L’importance du rôle de l’abeille dans la sauvegarde de la biodiversité ne permet pas de comprendre cette position inacceptable... Sans oublier les fameux plans de relance de l’apiculture maintes fois annoncés et toujours dénués de toute concrétisation...

Fin juin, une délégation de responsables, issus de la Coordination des apiculteurs, a été reçue longuement par Mme Pascale Briand, la directrice de l’AFSSA, afin d’évoquer les relations entre la filière et l’Unité Abeille et tenter d’améliorer la prise en compte des préoccupations et sollicitations des apiculteurs. Autre point de discussion au sujet de la nouvelle mission de l’AFSSA appelée à remplacer la Commission des Toxiques. Le nouvel outil d’évaluation sera présenté vraisemblablement à l’automne. La Coordination des apiculteurs a fait part de sa quasi-exigence que de véritables apidologues soient intégrés dans cette nouvelle structure, à l’image de ce qu’était le défunt groupe Abeille.
L’UNAF va fêter ses 60 ans d’existence lors du Congrès de Bourg-en-Bresse en octobre prochain. Grâce à la détermination, à l’énergie, au bénévolat de plusieurs générations de responsables dévoués, l’UNAF, au fil du temps, est devenue un outil efficace de défense de l’abeille et des apiculteurs.

Sachons lui donner un nouvel essor. A l’heure où l’apiculture est confrontée à des défis sans précédent, nous en avons plus que jamais besoin. Nous vous attendons nombreux pour partager le verre de l’amitié le vendredi 13 – cela porte bonheur, dit-on ! – à 18 heures sur le stand de l’UNAF. Bonne humeur et convivialité seront au rendez-vous.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°674
« Notable »

Nous avons appris avec une grande tristesse le décès brutal de notre ami Werner Kléthi. Figure emblématique de l’apiculture alsacienne, durant près de dix ans il fut le trésorier attentif de l’UNAF. A la tête de la société Api Alsace Distribution, il présentait ses produits de nourrissement dans tous les congrès apicoles où son costume traditionnel alsacien le rendait particulièrement incontournable. Il aimait les abeilles et les apiculteurs. Homme intelligent, dévoué, généreux, honnête et bon vivant, il était agréable de travailler en sa compagnie dans la bonne humeur et la gaieté. Pour tous les moments de bonheur partagés, merci l’ami.

Le ministère de l’Agriculture a publié un arrêté le 20 juin qui supprime au nom de la simplification administrative les déclarations annuelles de ruches. Une seule déclaration sera obligatoire lors de l’installation des ruches et devra être renouvelée en cas d’évolution « notable »... La filière avait vivement réagi à ce projet aberrant. Alors que Bruxelles exige des statistiques de plus en plus précises et qu’un suivi rigoureux nécessiterait une double déclaration, cette décision va engendrer des difficultés considérables en cas d’apparition de nouvelles infestations comme Æthina tumida... Sans écarter les complications administratives pour les assurances des ruches ou les contrôles sur le terrain... L’UNAF va interroger le ministère pour connaître précisément ce que les services entendent par « notable ». Pris à la lettre, une seule ruche en plus ou en moins nécessiterait une nouvelle déclaration... Pour faire réagir le ministère et revenir au précédent système, peut-être faudra-t-il les prendre au mot !

L’opération « Abeille sentinelle de l’environnement » se poursuit. Le mardi 4 juillet, par une très belle et très chaude journée d’été, une joyeuse délégation d’apiculteurs installait trois ruches sur le toit de l’Opéra de Lille et trois autres dans le Jardin des Plantes. Cette opération a bénéficié d’un important relais médiatique. Nous remercions la ville de Lille, attentive à la protection de l’environnement et de la biodiversité, d’avoir su répondre favorablement à notre partenariat en prenant conscience du rôle majeur joué par l’abeille et en souhaitant le promouvoir.

Le jeudi 6 juillet, nous procédions à la première récolte des 6 premières ruches de l’Hôtel de Région à Montpellier, soit 80 kg, une fort belle moyenne qui aurait satisfait plus d’un apiculteur en garrigues confronté une nouvelle fois à la sécheresse... Un très beau miel de pin s’est écoulé des rayons désoperculés par l’apiculteur responsable du suivi du rucher et le président Georges Frêche qui n’a pas hésité à mettre la main sur le couteau et la manivelle de l’extracteur ! Avant de prononcer un discours fort sur le rôle de l’abeille, les risques qu’elle encourt avec certains produits phytosanitaires et de confirmer l’engagement de la région à développer l’apiculture sous toutes ses facettes et à soutenir efficacement le congrès mondial à Montpellier en 2009. Dès 2007, la région sera largement présente avec l’UNAF au congrès Apimondia de Melbourne où un stand spacieux présentera l’apiculture et les vins du Languedoc-Roussillon.

D’ores et déjà, je vous engage à réserver vos inscriptions pour le Congrès national de l’apiculture française organisé cette année par le SNA. Il se déroulera à Bourg-en-Bresse les 13, 14 et 15 octobre. Auparavant la Société centrale d’apiculture fêtera ses 150 ans. Bravo et bon vent. Enfin les apiculteurs qui souhaitent se rendre en Bulgarie pour le Symposium sur l’élevage organisé par Apimondia début septembre doivent se faire connaître à l’UNAF. Un voyage en groupe est envisageable.

Si les récoltes de printemps ont été en général plutôt satisfaisantes, on ne peut que s’interroger sur les miellées estivales confrontées à une sécheresse persistante. Si elle perdure, n’hésitez pas dès le début du mois d’août à stimuler vos colonies afin que la reine ponde et permette ainsi un bon hivernage.

Bonne récolte et bon été !.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°673
Vigilance…

L’apiculture est une activité délicate dont la réussite dépend étroitement des conditions météorologiques. Après une sécheresse exceptionnelle et un hiver particulièrement long, préjudiciables à la vitalité de nos colonies, l’actuelle période de vent du nord persistant et les températures basses qu’elle a engendrées laissent présager une nouvelle année difficile. Pour l’instant et sans doute faut-il s’en réjouir, même si nos sociétés modernes favorisent le réchauffement de la planète, nous ne savons pas agir sur l’environnement en influant directement sur les climats. Il n’en va pas de même de ce que les acteurs de la vie agricole peuvent et doivent faire pour mieux prêter attention à ce qu’ils répandent dans l’environnement et nous en sommes constamment les témoins et les sentinelles.

Depuis plusieurs années, vous le savez, l’UNAF exerce une vigilance aiguë sur les pratiques agrochimiques et n’hésite plus à saisir la justice pour faire entendre sa voix. Petit à petit, les plaintes sont examinées, des jugements sont rendus par des juges sensibilisés à ces problèmes : les esprits évoluent. Plusieurs fronts sont significatifs.

La plainte pour intoxication commise par un arboriculteur dans le Maine-et-Loire suit son cours après avoir été relancée par la cour d’appel d’Angers et changement de juge d’instruction.

L’intoxication massive subie par trois apiculteurs dans l’Hérault a été jugée et le coupable a été condamné à une peine plus forte que celle demandée par le procureur, tandis que nos syndicats (UNAF, Fédération Régionale Languedoc-Roussillon, Syndicat de l’Hérault, Syndicat du Gard) qui ont obtenu des réparations très significatives pour leur préjudice syndical, ont pu gérer cette affaire en lien avec les services locaux de la Protection des Végétaux et les Services Vétérinaires qui ont accompli une tâche exemplaire.

Dans le Lot-et-Garonne, la société Syngenta, qui aurait circonvenu un agriculteur afin qu’il enfouisse sur ses terres des stocks de semences périmées enrobées Gaucho pour les faire disparaître, vient d’être mise en examen avec l’agriculteur, au pôle de Santé-Environnement du Tribunal de Paris sur la plainte de l’UNAF, du Syndicat et du GDSA de Lot-et-Garonne.

Le 22 mai, le président de l’UNAF ainsi que le président du Syndicat d’Apiculture Méridionale ont été auditionnés comme parties civiles par Mme Combette de Caumont, juge d’instruction au tribunal de Saint-Gaudens, qui achève son instruction pénale dans l’affaire du démantèlement d’un réseau frauduleux de revente de produits phytosanitaires illicites sur le territoire national. Ce juge d’instruction en qui j’ai trouvé un magistrat attentif et désireuse de conduire à leur terme ces deux affaires environnementales d’envergure nationale, m’a paru s’inscrire dans la même détermination que celle du juge Jean Guary à qui elle a succédé. J’ai déploré une nouvelle fois, l’absence très anormale de décision de la cour d’appel de Toulouse que nous attendons depuis de nombreux mois dans ce dossier, ce qui ne devrait toutefois pas empêcher l’achèvement de la procédure. Il s’agit donc d’une actualité judiciaire syndicale très fournie.

Sur le front législatif, le calendrier de l’Assemblée nationale a été tel qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, nous ignorons quand le projet de loi transcrivant en droit français la directive sur les OGM sera examiné : fin juin, en septembre, voire après les présidentielles... En attendant, comme je le fais moi-même avec le bureau de l’UNAF au plan gouvernemental et auprès des principaux artisans du projet de texte, vous devez vous mobiliser dans vos régions et solliciter vos parlementaires sur ce dossier en leur démontrant avec réalisme nos enjeux apicoles, car ce texte sera crucial pour le devenir de l’apiculture.

Notre visibilité syndicale au plan national s’accroît sans cesse : nous avons la satisfaction de compter deux nouveaux partenaires très importants de l’opération « Abeille Sentinelle de l’Environnement » : le Conseil général des Pyrénées-Orientales et la ville de Lille. Ces collectivités, sensibles au devenir de la biodiversité, ont ainsi décidé d’installer des ruches sur leurs bâtiments ou dans leurs jardins publics dans le cadre de notre opération de sensibilisation. Nous les félicitons et d’autres partenaires sont annoncés dans les prochains mois. Cette opération rencontre un vrai succès car elle correspond à une vraie aspiration des populations et des élus. Depuis la conférence de presse du mois de janvier, jamais l’abeille, le rôle majeur qu’elle joue dans l’environnement, les menaces qu’elle doit affronter n’ont été autant médiatisés. Cette prise de conscience massive contribue grandement, j’en suis certain, à la valorisation globale de toute notre filière et donc de vos produits de la ruche qui répondent à une aspiration de nos contemporains à des produits sains, naturels et bienfaisants. « Abeille Sentinelle de l’Environnement » tente d’être une allégorie de notre action syndicale de terrain souvent âpre, difficile, technique, semée d’embûches, mais que l’UNAF conduit sans relâche, pour vous, apiculteurs.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°672
Exigeons un moratoire des plantes génétiquement modifiées.

Une très grande majorité de nos compatriotes sont opposés aux organismes génétiquement modifiés. Pour 85 % des Français, en effet, l’agriculture biologique, les AOC et les labels doivent strictement rester sans OGM. 72 % pensent qu’il faut adopter une interdiction temporaire des OGM et 78 % d’entre eux sont favorables à un référendum sur cette question. Enfin, 74 % des Français attendent de leurs élus (sénateurs et députés) qu’ils interdisent les cultures d’OGM en appliquant le principe de précaution.

L’Autriche a pris des mesures pour interdire la mise en cultures de plantes génétiquement modifiées estimant que son agriculture et la qualité de ses productions agro-alimentaires étaient incompatibles avec ces nouvelles « innovations ». La Suisse a organisé un référendum et une nette majorité de la population a décidé d’instaurer un moratoire sur la culture des OGM. La Grèce, contre l’avis de la Commission de Bruxelles, a décidé de ne pas autoriser l’usage des OGM en raison notamment du développement de l’apiculture.

La culture des plantes génétiquement modifiées, si elle voyait le jour, modifierait en effet non seulement notre pratique de l’apiculture, mais mettrait sans doute en danger l’activité apicole elle-même. Nul ne peut mesurer aujourd’hui les conséquences véritables d’un tel bouleversement, mais d’ores et déjà plusieurs éléments s’avèrent indiscutables. Les abeilles, agents pollinisateurs prépondérants, représentent une menace pour les agriculteurs traditionnels ou biologiques car elles favoriseront les risques de contaminations de végétaux non OGM par les transgènes des plantes génétiquement modifiées. Même si les insectes autres que l’abeille suffiront à contaminer l’environnement ; ils souhaiteront éloigner les ruches le plus loin possible et les emplacements seront bien plus difficiles à trouver. C’est déjà le cas dans quelques secteurs espagnols. Et ce n’est pas les distances surréalistes envisagées par les pouvoirs publics, de 50 à 500 mètres... qui pourront nous rassurer et les rassurer.

Depuis plusieurs années, nous sollicitons le ministère de l’Agriculture afin que des études toxicologiques soient effectuées par des organismes scientifiques indépendants sur les risques liés aux plantes génétiquement modifiées pour les abeilles et la colonie. En vain... Depuis les travaux de Minh-Ha Pham-Délègue à feu l’INRA de Bures-sur-Yvette, rien... D’autant plus grave que les plantes génétiquement modifiées ne devront pas, à notre connaissance, suivre les procédures d’homologations inhérentes aux produits phytosanitaires... Or, au cas par cas, la manipulation génétique pourra s’avérer positive mais peut-être le plus souvent néfaste...

Enfin, quid de la présence éventuelle de contamination génétique dans le miel et les produits de la ruche ? Si le miel paraît réglementairement protégé par la limite des 0,9 % tolérée, son image de produit pur et nature peut en être altérée... Pour le pollen, la situation paraît plus inquiétante encore car la limite de 0,9 risque d’être largement dépassée...

Autant de menaces qui pèsent sur notre activité et autant de nombreuses interrogations qui subsistent quant aux contaminations irréversibles que peuvent engendrer ces plantes génétiquement modifiées pour l’environnement...

Aussi, au nom du seul principe de précaution, le vote d’un moratoire sur la mise en culture des plantes génétiquement modifiées s’avère indispensable.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

Info de dernière minute

Le 28 avril 2006, le Conseil d’Etat a débouté la société Bayer et les maïsiculteurs de l’AGPM qui avaient déposé un recours pour faire annuler la décision prise en 2004 par le ministre de l’Agriculture de suspendre l’homologation du Gaucho sur maïs.

L’UNAF se félicite de ce nouvel arrêt

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Editorial n°671
Et ce n’est même pas un poisson d’avril...

Depuis plusieurs années, confrontés à des phénomènes d’intoxications à répétition, les apiculteurs souhaitent que les Services vétérinaires puissent enregistrer deux déclarations annuelles de ruchers afin de pouvoir faire apparaître les importantes mortalités hivernales dont ils sont victimes.

Effectivement, chacun le reconnaît, une seule déclaration ne permet pas d’évaluer correctement les pertes subies. Or, le ministre de l’Agriculture, au nom de la simplification administrative, vient de déclarer que même cette déclaration annuelle ne devrait plus être obligatoire, sauf en cas d’évolution notable, et serait remplacée par le registre d’élevage. L’UNAF ne peut envisager un tel désengagement des pouvoirs publics car cette situation mettrait en péril l’apiculture française notamment face aux problèmes sanitaires.

Æthina tumida est toujours à nos portes. Comment contrôler une pandémie si les ruchers ne sont pas suffisamment répertoriés ? Il suffit d’observer les difficultés rencontrées par les Services vétérinaires pour confiner les volailles afin de lutter contre la grippe aviaire.

Comme nous le pressentions, le SPMF a décidé de faire appel de la décision juridique qui le déboutait de l’ensemble de ses demandes. Nous voici repartis pour une nouvelle procédure. Ce procès date maintenant de plus de dix ans. Pourquoi ne pas continuer ? Au lieu de défendre les apiculteurs et l’abeille, il vaut mieux, semble-t-il, mettre toute son énergie, ou le peu d’énergie qui subsiste, à attaquer les collègues. C’est beaucoup plus productif ! Et ce n’est pas un poisson d’avril !

Par 166 voix pour, 127 voix contre et 35 abstentions, le Sénat a voté le projet de loi sur les OGM. L’UNAF avait demandé aux responsables syndicaux d’intervenir auprès de leurs élus afin de les sensibiliser aux risques majeurs que ces nouvelles plantes génétiquement modifiées engendrent pour l’apiculture tant pour les produits de la ruche que pour les abeilles elles-mêmes.

Le député de l’Allier, Gérard Charasse, a ainsi répondu avec un certain humour, à un apiculteur, que : « La transposition de la directive 2000/18 qui permet l’implantation anarchique des parcelles cultivées en organismes génétiquement modifiés ne permettra naturellement pas aux apiculteurs d’exercer un contrôle suffisant puisqu’il est physiquement impossible d’orienter les abeilles vers des parcelles spécifiques à moins, comme me l’a suggéré récemment un dirigeant d’un laboratoire français produisant des organismes génétiquement modifiés, d’en "organiser l’élevage en batterie". »

S’il est vrai que l’abeille, insecte pollinisateur majeur, contribue à la dissémination des gênes, personne n’avait encore songé à cette idée géniale : élever des abeilles en batterie ! Il faudra toutefois songer à prévoir des esclaves pour porter des brassées de fleurs à butiner afin de parvenir à produire du miel et des esclaves chargés de polliniser les plantes sauvages et les cultures, fleur après fleur. Voilà une belle solution pour régler le problème du chômage, des jeunes et des moins jeunes ! Tous les bras seront les bienvenus ! Et ce n’est pas un poisson d’avril !

Enfin, le sénateur Michel Charasse, ancien ministre de l’Economie, n’a pas hésité à proposer un amendement afin que le recensement des cultures OGM, initialement prévu à l’échelle communale, soit effectué à l’échelle départementale « afin d’assurer la sécurité des biens et des personnes et de protéger la recherche en biotechnologies végétales », allusion aux faucheurs d’OGM qui ont menacé de poursuivre leurs actions. Et ce au nom de la simplification et de la transparence !

Et ce n’est pas un poisson d’avril. Mais ce combat va se poursuivre à l’Assemblée nationale.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°670
Regain d’activité

Noisetiers, perce-neige, hellébores... les premières fleurs de fin d’hiver attirent les abeilles et dans les régions aux climats les plus tempérés, les reines redéveloppent la ponte. Pour l’apiculture, l’activité reprend. Pour le syndicalisme, elle se poursuit.

Début févier, j’étais invité en Espagne par les apiculteurs de Galice confrontés à des pertes de cheptel considérables depuis l’apparition de traitements avec des produits phytosanitaires systémiques à base de fipronil et d’imidaclopride sur maïs, sur pomme de terre et sur eucalyptus. Subissant des taux de mortalité pouvant atteindre 70 % du cheptel, ces apiculteurs, motivés pour obtenir le retrait de ces produits, souhaitaient connaître notre expérience.
Nous sommes également solidaires de nos collègues de la Réunion qui subissent de plein fouet les traitements chimiques destinés à éradiquer les moustiques responsables de l’épidémie de chikungunya. Comment ne pas être choqué par le retard pris dans la lutte contre cette terrible épidémie alors que visiblement au départ seules quelques zones étaient infestées !

La clothianidine, matière active du « Poncho », a reçu un avis favorable du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, bien que le représentant français du ministère de l’Agriculture se soit abstenu lors du vote. Nous aurions souhaité de sa part une attitude plus constructive et donc la formulation d’un avis négatif. Cette décision constitue une étape supplémentaire vers une inscription sur la liste positive européenne. Cet avis nous laisse stupéfaits sur la façon dont ces molécules sont évaluées alors que, parallèlement, la Commission maintient dans une réponse à Mme Lulling, députée européenne, que la directive européenne 91/414 constitue le cadre réglementaire d’évaluation des produits phytosanitaires et que les preuves de la non-toxicité de ces molécules doivent être apportées par le fabricant tant sur les abeilles que... sur les larves.

La Coordination des Apiculteurs a aussitôt réagi et l’UNAF étudie tous les moyens possibles pour faire annuler cet avis.

Sur le marché mondial, nous venons de prendre connaissance de la décision de la Communauté européenne qui interdit jusqu’à nouvel ordre l’entrée des miels en provenance du Brésil. Cet embargo devrait favoriser l’affermissement des cours du miel déjà amorcés.

De plus en plus de responsables syndicaux participent à l’assemblée générale de l’UNAF, et le samedi 25 février nous avons eu le plaisir d’accueillir deux nouvelles structures, le Syndicat Drôme-Ardèche et le Groupement des Apiculteurs de Bréviande Intercommunal (G.A.B.I.), rattaché à la Fédération départementale de Seine-et-Marne présidée par L. Clercq. Une marque de reconnaissance du dynamisme de l’UNAF déterminée à sauvegarder l’abeille, à défendre les intérêts des apiculteurs et à favoriser la promotion des produits de la ruche. Une belle preuve de la vitalité de l’UNAF qui s’apprête à fêter son soixantième anniversaire. Dans le prolongement de la conférence de presse, de très nombreux articles sont parus sur l’apiculture et sur l’opération « Abeille sentinelle de l’environnement ». Plusieurs collectivités ou des structures privées se sont manifestées pour à leur tour devenir partenaires. Nous nous en réjouissons.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

Info de dernière minute

Le ministère de la Santé a décidé de procéder à une vaste campagne de démoustication dans le Sud de la France. L’UNAF a sollicité un rendez-vous au ministère de la Santé et au ministère de l’Agriculture afin de s’assurer que toutes les précautions soient prises pour éviter une intoxication massive d’abeilles..

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Editorial n°669
Abeille Sentinelle de l’Environnement

Si nos abeilles demeurent resserrées en grappe pour se défendre du froid, bien cloîtrées dans leurs ruches, sur le plan syndical le mois de janvier s’est révélé particulièrement actif. Le 13 janvier, à l’appel de la Coordination des Apiculteurs de France, rassemblant la Confédération Paysanne, le Syndicat des Apiculteurs Professionnels du Centre, de l’Ouest et du Sud-Ouest, le Syndicat des Apiculteurs Professionnels de Rhône-Alpes, la Fédération des Coopératives et l’UNAF, les apiculteurs, parfois venus de très loin, de Bretagne ou de la Région parisienne, se sont rassemblés à Saint-Gaudens. Plus de 500 apiculteurs ont fait entendre avec calme et détermination la voix des victimes qui attendent que justice soit rendue dans ce procès qui devrait être exemplaire.

Les 16 et 17 janvier, le comité de pilotage s’est réuni au ministère de l’Agriculture pour prendre connaissance des avancées obtenues par les différents organismes scientifiques sur leurs projets respectifs, cofinancés par la France et l’Europe dans le cadre du règlement européen en faveur de l’apiculture. Des résultats souvent intéressants, quelquefois préoccupants, que nous vous présenterons dans les prochains numéros.

Le 17 janvier, l’UNAF organisait une grande conférence de presse afin de lancer l’opération « Abeille Sentinelle de l’Environnement » qui consiste à installer des ruches sur des bâtiments publics, dans des parcs ou dans des bureaux, afin de sensibiliser le grand public sur l’abeille, son rôle prépondérant dans la sauvegarde de la biodiversité et de l’alerter aussi sur les préjudices qu’elle subit. Remarquablement préparé par notre attachée de presse, cet événement a attiré de nombreux journalistes qui ont publié plusieurs reportages tant en radio, en télé qu’en presse écrite.

L’UNAF tire une sonnette d’alarme. De manière paradoxale, les colonies d’abeilles se portent mieux dans les grandes métropoles que dans la plupart des campagnes françaises. Malgré la pollution urbaine dont elles parviennent à se protéger, les taux de mortalité observés sur l’année, toujours très faibles, comme les récoltes effectuées combleraient de bonheur bien des apiculteurs pour qui la pratique de l’apiculture devient aujourd’hui trop souvent aléatoire. L’avenir de l’apiculture n’est pas en ville mais il est grand temps que les pouvoirs publics prennent conscience de la gravité de la situation que subissent les insectes pollinisateurs. Confrontés à un environnement devenu non seulement défavorable en raison des mutations du paysage liées à certaines pratiques agricoles comme la monoculture, l’ensilage ou le remembrement, mais trop souvent meurtrier en raison de l’usage de produits phytosanitaires homologués sans respecter les directives européennes pourtant en vigueur, les insectes pollinisateurs sont en voie de disparition.

Il est grand temps que les pouvoirs publics réagissent et corrigent des dérives aussi préoccupantes pour l’environnement comme pour les générations futures. Lors de cette conférence de presse, les interrogations relatives au vote de la nouvelle Loi d’Orientation Agricole et l’absence de réponse du ministre au courrier de la Coordination ont suscité l’attention des journalistes qui les ont médiatisées. Le ministère a aussitôt réagi par un communiqué de presse puis par un courrier adressé à l’UNAF. Il confirme qu’à la suite de cette nouvelle législation, ni « Gaucho tournesol/maïs » ni « Régent » ne seront remis sur le marché. Nous nous en réjouissons et demeurons toujours aussi vigilants sur ce sujet.

L’UNAF remercie les premiers partenaires d’« Abeille Sentinelle de l’Environnement » : le Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, la ville de Nantes et la société Anatome.

L’UNAF a pris connaissance du projet de loi relatif à la coexistence des cultures OGM et non OGM. Parce qu’elle transporte et peut disséminer les pollens, l’abeille est au cœur du problème. Qu’en sera-t-il de la contamination des produits de la ruche et de leur image comme derniers produits naturels ? L’UNAF a interrogé le ministre de l’Agriculture et la DGCCRF. A suivre.

Le jeudi 19 janvier, l’UNAF et la CNTESA rencontraient M. Jérôme Bédier, président de la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution (centrales d’achat), pour lui faire part de l’inquiétude des producteurs quant à la présence réduite des miels de France sur les linéaires et sur la nécessité de les différencier des miels d’importation. Cette rencontre particulièrement chaleureuse a permis d’initier une relation qui, nous l’espérons, devrait porter ses fruits et s’avérer positive pour les apiculteurs. A suivre.

Le 24 janvier, nous prenions connaissance du verdict rendu dans le procès intenté par le SPMF contre l’UNAF et le SNA. Le SPMF est débouté de toutes ses requêtes et est condamné à verser 3 000 euros à l’UNAF comme au SNA.

Espérons – mais sans illusion – que cette sentence constitue l’ultime péripétie de cette malheureuse procédure entamée au siècle dernier, qui coûte à tous de l’argent et donne une image lamentable de notre filière. L’apiculture mérite mieux.

Les réunions à Bruxelles de moins en moins fréquentes, de plus en plus brèves et rendues encore plus denses en raison du passage à une Communauté de 25 pays, ne permettent plus d’aborder les sujets pourtant essentiels de manière rigoureuse et constructive.

Le 26 janvier, l’UNAF avait donc invité les responsables apicoles des différents pays européens pour faire un état des lieux des problèmes phytosanitaires/abeilles. Nous avons ainsi appris par exemple que nos collègues grecs subissaient de graves intoxications depuis l’autorisation de mise sur le marché du « Gaucho » sur coton. Les Allemands comme les Belges ou les Luxembourgeois ont apprécié ce premier échange et plusieurs initiatives ont été élaborées.

Je remercie enfin les bénévoles qui ont participé sans ménager leur peine au tri, au nettoyage et à la remise en état des locaux de l’UNAF. Grâce à eux, nos locaux ont pu accueillir les journalistes dans de bonnes conditions, lors de la conférence de presse.

Nous vous attendons nombreux à l’assemblée générale de la CNTESA et de l’UNAF qui se dérouleront respectivement les vendredi 24 et samedi 25 février au 26, rue des Tournelles.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF

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Editorial n°668
En espérant une bonne année 2006

La Coordination des apiculteurs, composée de l’UNAF, du SAPCO, du SAPRA, de la Commission apicole de la Confédération paysanne, de la Fédération des coopératives, a décidé d’organiser une manifestation à Saint-Gaudens le 13 janvier 2006. Réservée sur l’opportunité de cette manifestation, car il nous paraissait plus pertinent de l’organiser à Toulouse ou à Paris, l’UNAF ne souhaitait pas mettre en danger la Coordination des apiculteurs, et après consultation des membres du bureau et de notre avocat maître Fau, a décidé d’y participer. Cette manifestation doit se dérouler dans le calme. Ce rassemblement doit représenter une action de soutien à la justice et une nouvelle étape dans la médiatisation de notre combat à l’heure où la Commission européenne, malgré un avis défavorable de la France, semble disposée à inscrire le fipronil sur la liste positive des molécules homologuées et ou de graves inquiétudes sont suscitées par le vote de la nouvelle loi d’orientation et en particulier des modifications apportées au code rural en matière d’homologation.

En janvier 2005, le tribunal de Toulouse devait statuer sur la plainte déposée par les firmes à l’encontre du juge Guary. Un an plus tard, ce jugement n’est toujours pas rendu. L’UNAF et la Coordination déplorent que la justice ne dispose pas de moyens suffisants lui permettant de travailler efficacement, dans des délais corrects, respectueux du droit des victimes.

Le procès intenté par le Syndicat des Producteurs de Miel de France à l’encontre de l’UNAF et du SNA qu’il ne considère pas comme syndicats... a débuté en 1994. Après de nombreuses procédures en appel ou en cassation initiées par le SPMF, le tribunal de Paris vient à nouveau d’examiner le dossier. Le jugement sera rendu le 24 janvier. Nous demeurons sereins sur l’issue du procès. Nous regrettons cependant que cette affaire continue à être préjudiciable à l’apiculture, en particulier par l’image de désunion qu’elle alimente et conforte auprès des pouvoirs publics. Elle nous coûte en outre du temps et de l’argent, près de 5 000 euros pour la dernière procédure, qu’il serait préférable d’investir à bon escient... En espérant que cette décision de justice soit enfin la dernière !

Au cours de cette année nouvelle, nous aurons le plaisir de fêter ensemble les 60 ans d’existence de l’UNAF. Plusieurs générations de responsables, bénévoles, dans les départements et au niveau national, se sont succédées pour sauvegarder l’abeille, en faire reconnaître le rôle majeur, défendre les intérêts des apiculteurs et des consommateurs. Plus que jamais, confrontés à de graves défis, de plus en plus nombreux au fil des ans, nous devons nous efforcer de continuer dans cette voie et poursuivre cette noble ambition.

Afin de célébrer cet anniversaire dans la convivialité et d’en saisir l’opportunité pour assurer la promotion de l’apiculture, nous sommes en train d’élaborer un ambitieux projet de communication qui devrait permettre à tous les apiculteurs, quel que soit leur nombre de ruche, de faire connaître au grand public le rôle irremplaçable que joue l’abeille dans la protection de la biodiversité, les différences des miels de nos régions et la qualité des produits de la ruche pour le bien-être et la santé. Ce projet sera présenté lors de notre assemblée générale.

Je vous souhaite à vous et à vos proches d’excellentes fêtes de fin d’année et une bonne et heureuse année 2006. Qu’elle vous apporte beaucoup de bonheur, de belles colonies et des miels à profusion.

NB : L’assemblée générale de l’UNAF se déroulera le samedi correspondant à l’ouverture du Salon de l’Agriculture, c’est-à-dire le samedi 25 février 2006 au siège de notre syndicat au 26, rue des Tournelles, 75004 Paris. L’assemblée générale de la CNTESA se déroulera le vendredi 24 février à l’UNAF.

Henri CLÉMENT
Président de l’UNAF