Editorial n°678
Mais que fait donc le ministère
de l’Agriculture ?
Dans le cadre de l’instruction judiciaire ouverte
à Saint-Gaudens sur la molécule active « fipronil », nous avons
récemment pris connaissance des recours devant le Conseil d’Etat déposés
par la société BASF visant à obtenir l’annulation des arrêtés
d’interdiction des produits phytosanitaires à base de « fipronil » à
usage agricole, pris au printemps 2005.
Nous avons été naturellement étonnés de n’avoir pas été informés de ces
recours par les services de la DGAL que nous avions pourtant rencontrés
à plusieurs reprises en 2006.
Alors que l’Union Nationale envisage d’intervenir en défense aux côtés
du ministre pour défendre ces arrêtés, nous avons découvert avec
surprise et consternation qu’à ce jour que les services juridiques de ce
même ministère n’avaient encore déposé aucun mémoire en défense devant
le Conseil d’Etat dix-huit mois après le début de la procédure, ce qui
risque de se révéler préjudiciable aussi bien pour l’autorité politique
que pour les abeilles et les apiculteurs. Inutile de dire que cette
situation, si elle nous laisse perplexe, ne nous laissera pas sans
réaction appropriée.
Par ailleurs, nous avons pris connaissance des premiers rapports
d’expertise intermédiaires réalisés au plan européen par l’Agence
Européenne de Sécurité Alimentaire, tant sur l’imidaclopride, matière
active du « Gaucho » que sur le fipronil, matière active du « Régent TS
». Les effets sur abeilles sont traités avec une désinvolture
révoltante... Hervé Gaymard avait mis en place un Comité Scientifique et
Technique, composé d’experts afin qu’il étudie en profondeur et avec
rigueur scientifique, notamment l’impact de ces molécules sur les
colonies d’abeilles.
Ces travaux se sont poursuivis et ont donné lieu à un rapport final
particulièrement accablant pour l’imidaclopride et vont donner lieu à un
rapport final imminent – que la DGAL semble retarder – sur le fipronil.
Alors que la France est le pays rapporteur pour le fipronil, aucun
rapport concernant cette molécule n’aurait été transmis à l’AESA... Pour
l’imidaclopride, les études prises en compte par l’AESA n’ont pas
intégré les conclusions du rapport final du CST car lui non plus
n’aurait pas été transmis...
Enfin, sans que le représentant de la France ne s’en offusque, les
expertises réalisées par l’AESA à l’échelle européenne s’affranchissent
délibérément des règles élaborées par la Commission européenne imposées
par la directive 91/414 pour la protection des abeilles, alors que ces
règles ont été au contraire retenues par le Conseil d’Etat à plusieurs
reprises.
Il faut y ajouter que la directrice de l’AESA n’est autre que Mme
Geslain Lanéelle qui fut directrice de la Direction générale de
l’Alimentation au ministère au moment où avaient été renouvelées des
autorisations du Gaucho et du Régent et que l’AESA ne peut donc ignorer
cette question. Pour finir, je dois évoquer que le 20 juin 2006 est paru
au Journal officiel un arrêté supprimant les déclarations annuelles de
ruches auprès des DSV à l’exception d’évolution « notable du cheptel ».
Cette décision est inacceptable pour l’ensemble de la profession car
elle prive les agents sanitaires de données précises essentielles à la
bonne gestion de crises sanitaires toujours possibles et va à l’encontre
des exigences européennes en matière de statistiques, qui sont
indispensables à toute filière.
Aussi, dans l’attente du rétablissement du système antérieur, nous
engageons les apiculteurs à procéder comme par le passé et donc à
adresser systématiquement leur déclaration de ruche à leur DSV.
Nous bénéficions jusqu’à présent d’un automne particulièrement chaud –
le plus chaud qu’ait connu la France ces dernières années – et ces
belles journées se sont révélées favorables à nos abeilles qui ont pu
exploiter la flore de l’arrière-saison. Il faut s’en réjouir car c’est
presque un cadeau à l’approche de Noël.
Eric Tourneret nous a offert une superbe photo de couverture : un
apiculteur en toute sérénité devant le mont Blanc. Nous remercions Eric
qui vient de publier une magnifique série de cartes et de posters. De
belles idées de cadeau pour Noël. A toutes et à tous, je souhaite
d’excellentes fêtes de fin d’année !
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°677
Un congrès réussi
Le XVIe Congrès national de l’apiculture française,
qui s’est déroulé les 13, 14 et 15 octobre au parc des expositions de
Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, a connu un vrai succès. Les organisateurs,
et en particulier l’équipe du syndicat de l’Ain, dévouée et efficace
autour du président Saunier, peuvent être satisfaits.
Accueil, salle de conférence, restauration étaient en tout point
remarquables. En outre, la filière apicole, au grand dam de nos
détracteurs, était rassemblée autour de ses leaders. Tous les syndicats
et structures techniques étaient présents.
De très nombreux apiculteurs venus de toute la France mais également de
Suisse et de Belgique s’étaient déplacés pour découvrir l’exposition où
de nombreux stands présentaient leurs productions et leurs dernières
nouveautés. Dans les allées ou au restaurant, les producteurs se
retrouvaient, discutaient longuement sur l’apiculture et échangeaient
leurs expériences mutuelles. Un des plaisirs des Congrès...
L’UNAF a fêté l’anniversaire de ses 60 ans autour d’un apéritif apprécié
de tous.
Plusieurs conférences, comme celles de Jos Guth, de Bernard Vaissière ou
sur l’apithérapie, ont été fort appréciées. En revanche, hormis les
interventions de scientifiques de l’INRA ou du CNRS, les conférences sur
les problèmes de pesticides ou d’OGM décevaient une large partie du
public. L’équipe de l’AFSSA de Sophia-Antipolis, qui s’était déplacée en
force, n’a pas vraiment surpris l’auditoire en tenant le sempiternel
discours qui, d’un côté, innocente les pesticides dans les problèmes
rencontrés au niveau du cheptel et d’un autre côté accuse les
apiculteurs de mauvaises pratiques et rend ces dernières responsables de
tous les maux...
Qui veut faire « gober » aux apiculteurs que l’insecte « abeille » peut
s’accommoder sans problème de son environnement de plus en plus
contaminé par les insecticides, comme en témoignent les résultats de
leur propre enquête prospective multifactorielle. Aurait-on perdu tout
bon sens ?
Les responsables apicoles ont saisi l’opportunité de
la manifestation pour tenir plusieurs réunions. Le vendredi 13 : réunion
du Groupe miel du Copa-Cogeca rassemblant les apiculteurs européens. Le
samedi 14 : réunion du comité de pilotage apiculture pour l’application
du règlement européen.
Enfin, sur proposition de la CNTESA et de l’UNAF, le
samedi après-midi se tenait une ultime rencontre entre les différents
responsables, pour essayer de mettre sur pied un ambitieux « Salon des
abeilles et des produits de la ruche », destiné au grand public, fin
novembre 2008 à Paris. L’accent serait mis sur les productions apicoles
de nos régions. Des conférences, des jeux, des démonstrations, des
expositions, des animations attireraient petits et grands.
A l’unanimité, l’idée a reçu un accueil favorable. Il a donc été décidé
de créer une association ayant pour seul objet la réalisation de ce
salon. Cette association rassemblera tous les partenaires : syndicats
(SNA, SPMF, UNAF), associations techniques (CNDA, CNTESA), négociants
(syndicat français des miels), fabricants de matériel et fédération des
coopératives. Nous nous en félicitons et nous sommes persuadés que cette
manifestation connaîtra un succès comparable au « Salon du chocolat » et
permettra d’assurer une communication sans précédent sur l’abeille et
les produits de la ruche.
Si aujourd’hui la France produit moins de 20 000
tonnes, soit moins de 50 % de sa consommation, il convient toutefois de
mieux faire connaître l’apiculture, la richesse et la diversité de nos
produits.
Les apiculteurs désirant bénéficier des mesures d’aides à la
transhumance, aménagement d’emplacement, achat de remorques, de
chargeurs, de débroussailleuses, de palettes... doivent demander les
dossiers à Viniflhor (nouvelle appellation de l’Onhiflor) ou à l’UNAF et
les renvoyer rigoureusement remplis et complets à Viniflhor avant le 15
décembre 2006.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°676
Lettre ouverte à Michel
Collonge, éditorialiste de "La France Agricole"
Cher Monsieur, c’est avec une véritable émotion que
nous avons découvert l’éditorial de « La France Agricole » du 8
septembre dernier. Depuis sa création à la fin de la seconde guerre
mondiale, votre hebdomadaire avait superbement ignoré notre modeste
activité, et au fil de plus de 3 000 numéros presque aucune ligne
d’éditorial n’a été consacrée à l’apiculture. Nous pensions pouvoir nous
réjouir à la lecture d’une prose consacrée intégralement à notre
activité, et au qualificatif « d’indispensable » nous nous préparions à
vous fêter avec élan et à vous témoigner notre gratitude pour cette
tardive, mais élogieuse reconnaissance de notre minuscule labeur.
L’allégresse soudaine, suscitée par tant d’intérêt pour notre avenir, a
fait place avec une égale promptitude à une abyssale consternation. Si
longtemps absents des préoccupations de vos colonnes, nos abeilles et
ceux qui les élèvent font assurément aujourd’hui les frais de leur
méconnaissance par votre rédaction. Unanimement nous vous trouvons là
quelques excuses... Des rappels de base s’imposent.
Pour que les ruches produisent du miel, elles doivent conjuguer
plusieurs paramètres : des colonies populeuses, des ressources
nectarifères importantes et des conditions météorologiques favorables.
Dans les zones de grandes cultures durant les années Gaucho-Régent, les
ressources et les conditions météo ont été favorables, mais les colonies
ont été dépeuplées. Au total, pas ou peu de miel et des colonies en fort
mauvais état. Depuis le retrait de ces produits, les colonies sont
populeuses, les ressources au rendez-vous des butineuses, mais la météo
ne suit pas, tandis que les effets toxiques localisés dus à la rémanence
du Gaucho-blé contaminent encore largement certains secteurs.
En Provence, terre de lavande, depuis quatre ans les colonies sont
populeuses et les ressources bien présentes mais les conditions
météorologiques défavorables – canicule et vent du nord – et les
récoltes sont faibles. Il ne vient à l’idée de personne – pas même dans
votre rédaction – de reprocher aux agriculteurs confrontés à la
sécheresse et à la canicule parfois depuis plusieurs années, de ne
pouvoir récolter leurs fourrages en quantité suffisante. Qu’il ne vienne
à personne l’idée de reprocher aux abeilles de peu récolter dans les
mêmes circonstances. Loin d’être comme vous semblez le croire, un
fantasme franco-français, les difficultés générées par les pesticides
systémiques ont été dénoncées dans tous les pays d’agriculture intensive
où l’apiculture est développée. L’actualité la plus récente, dont vous
ne manquerez pas je suis sûr de vous faire l’écho, rapporte que nos
collègues argentins déplorent des dépopulations calamiteuses de leur
cheptel actif sur le tournesol Gaucho, et ils nous interrogent gravement
sur le moyen de le faire interdire.
Vous déplorez la division de l’apiculture et vous pourriez avoir raison
si vous ne deviez relativiser ce mal fort répandu en France, même dans
la presse agricole. Nous la déplorons aussi, parfois, sans la confondre
avec la diversité. Les acteurs du monde agricole sont eux-mêmes
aujourd’hui très diversifiés : la FNSEA, la Confédération paysanne, le
Modef, la Coordination rurale s’expriment par des voix différentes et
parfois dissonantes. Pour ce qui est de l’apiculture, j’ai le sentiment
que dans les grands combats nous avons toujours réussi à rassembler les
trois syndicats majeurs lors de nos actions au sujet du « Gaucho » et
notamment lorsqu’il s’est agi à son propos de saisir le Conseil d’Etat
en désespoir de cause. Les décisions du Conseil d’Etat, toujours
favorables à nos thèses, auraient largement mérité l’honneur de vos
éditoriaux, tant il est exceptionnel que les grands corps de l’Etat se
penchent sur un sort aussi minuscule. Nous en aurions été heureux et vos
éditoriaux auraient alors vanté la démarche structurée d’une profession
regroupée pour faire entendre sa voix.
L’UNAF, pour sa part, cherche je crois toujours à rassembler.
Elle participe à la « Coordination des Apiculteurs » qu’elle a contribué
à fonder.
Elle a renoncé à organiser cette année sa traditionnelle « Université
d’automne », pourtant fort attendue, afin de ne pas interférer sur la
tenue du Congrès national de l’apiculture qui va se dérouler à
Bourg-en-Bresse dans les prochains jours et auquel elle participera avec
tous les acteurs de l’apiculture française.
Elle a créé la CNTESA, association d’assistance technique, mais par
souci de rassemblement, d’efficacité et d’œcuménisme, l’a fait adhérer
au Centre National de Développement Agricole. En août 2005, pour servir
les intérêts de l’ensemble de la filière miel française, l’UNAF a
présenté la candidature de la France pour l’organisation du Congrès
mondial de l’apiculture 2009 à Montpellier, pour succéder au Congrès de
Melbourne en 2007, et l’écrasante majorité des pays membres d’Apimondia
a jugé que cette proposition était la meilleure. Le congrès Apimondia
2009 se déroulera ainsi en France.
Il paraît difficile devant ces réalités, que vous affirmiez comme vous
le faites que les leaders de l’apiculture sont mauvais. Vous ignorez le
maillage du territoire par les structures techniques et professionnelles
qui œuvrent quotidiennement sur le terrain, souvent en lien avec les
pouvoirs publics. Vous confessez votre préférence pour des dirigeants
plus souples d’échine notamment sur le terrain de produits
phytosanitaires... plus innovants, selon vos termes.
Vous saluez l’action positive de firmes commerciales agrochimiques à
l’égard de l’apiculture, sans vous interroger un instant sur le paradoxe
fondamental qu’elle illustrerait si elle était réelle.
Vous tenez pour remède à toute chose, des jachères fleuries...
Vous jugez les chercheurs français médiocres, cependant qu’à l’INRA
d’Avignon, à l’INRA de Lusignan, au CNRS de Gif-sur-Yvette, au CNRS
d’Orléans, à l’Université de Toulouse et de Montpellier, des
scientifiques épousent la passion d’aujourd’hui pour la Terre de demain
et publient les avancées constantes de la France en écotoxicologie ou en
apidologie, dans les revues les plus prestigieuses où ils sont salués
par leurs pairs de la communauté internationale.
Quelle triste prose que la vôtre en fin de compte, Monsieur.
L’apiculture que vous décrivez n’est pas celle que je connais, fière,
battante et appliquée, ouverte sur le monde et sur l’économie de marché,
soucieuse de préserver ses caractères d’exception et son rôle dans la
biosphère, structurée et vigilante. Venez vers nous !
Faites retentir avec nous l’alarme donnée par toute
l’apiculture française, pour aborder sans dérobade les vraies questions
d’une agriculture de demain soucieuse à juste titre de préserver son
noble rôle de production et l’intérêt des agriculteurs, sans exposer
l’environnement, ni la santé des exploitants ni celle des consommateurs,
et associez-vous à « cet immense courant de sympathie dans les médias et
l’opinion » dont vous nous créditez généreusement et avec gourmandise.
Il est encore temps. Croyez-moi.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF
|
Extraits de
l’éditorial de Michel Collonge dans « La France Agricole » du 8
septembre 2006 : « Les apiculteurs sur la mauvaise voie »
(…) « La filière apicole est mal en point. Les importations
de miel continuent leur progression et le doute commence à gagner
les esprits les plus fortement convaincus. Le temps est maintenant
venu d’aborder sans dérobade les vraies questions pour sauver une
activité indispensable et particulièrement attachante.
L’apiculture est surtout victime d’elle-même, de ses divisions, de
sa recherche permanente de dérivatifs pour tenter de masquer les
véritables raisons de ses difficultés et pour refuser d’aborder la
réalité avec courage. Aujourd’hui, la représentation syndicale
divisée a perdu une bonne part de sa crédibilité. Il est devenu
essentiel de bâtir une organisation professionnelle débarrassée de
tous les a priori qui sclérosent la profession. De plus, la remise
sur pied d’une structure technique pour fédérer toutes les
initiatives de recherche est plus que jamais indispensable. Il est
totalement paradoxal que les pistes innovantes dans le domaine de
la recherche apicole (alimentation des abeilles, parasitisme
bactérien) viennent d’Allemagne, d’Espagne ou de Belgique. La
France est en droit de s’interroger sur la qualité de ses propres
chercheurs du fait de quelques individualités qui se sont
fourvoyées dans un débat doctrinaire et qui n’arrivent pas à en
sortir. »
(…) « Il faut maintenant dépasser les affaires Régent et Gaucho et
commencer à en tirer tous les enseignements. La posture intenable
de la représentation apicole devrait créer un sursaut à la
condition que de nouveaux leaders émergent. Si tel était le cas,
le secteur pourrait tirer le meilleur parti de l’immense courant
de sympathie qui s’est manifesté dans les médias et l’opinion. Un
tel élan positif est un atout considérable. Encore faut-il savoir
le faire fructifier en quittant le discours protestataire et
négatif. Des voies pour sortir la production de miel de l’impasse
sont maintenant tracées grâce à des actions extérieures. Certaines
entreprises de l’agrochimie ont d’ailleurs joué un rôle important
pour les faire émerger. L’apiculture est-elle disposée à s’imposer
des guides de bonnes pratiques ? Si tel était le cas, elle
pourrait travailler en bonne harmonie avec les autres professions
agricoles dans un intérêt commun et partagé. »
Michel Collonge
« La France agricole » du 08-09-2006
|

Editorial n°675
Une petite année…
L’été s’achève... il convient de dresser un premier
bilan de la saison apicole. Si dans la plupart des régions les miellées
de printemps, colza, acacia, se sont révélées plutôt bonnes, les
suivantes se sont montrées bien plus capricieuses. La météo, il est
vrai, ne nous a pas été favorable. Le mois de juillet a été caniculaire
: une nouvelle fois la sécheresse, aggravée par un vent du nord
persistant, s’est installée dans une grande partie du territoire...
Quant au mois d’août, guère plus avantageux, il a fait subir sécheresse
opiniâtre à certains, et averses, vent froid et température en nette
baisse à d’autres... Dans les zones où les pluies sont tombées au bon
moment ou dans les parcelles irriguées, les tournesols ont plutôt bien
donné. L’absence de traitements de semences porte ses fruits et les
apiculteurs retrouvent ruches populeuses et barbes d’abeilles les soirs
de grandes chaleurs. En revanche, dans les terres sèches, privées de
pluie et non arrosées, les tournesols ont porté de petits capitules et
les récoltes ont, elles aussi, été fort maigres... Pour les zones de
tournesols cultivés après des céréales traitées « Gaucho », la
situation, aggravée par une sécheresse rare, demeure problématique. Pour
le châtaignier comme pour le miel de montagne, la récolte a fluctué en
fonction des orages. Pour la lavande, la série noire se poursuit, et
seuls quelques rares kilos ont pu être extraits. Quant au sapin, seuls
quelques terroirs ont été, semble-t-il, privilégiés. En un mot, une
petite année qui ne permettra pas à la France de retrouver un niveau de
production digne de son apiculture. N’oublions jamais que l’activité
apicole ne peut connaître de bons résultats que si trois éléments sont
réunis : de belles colonies, un riche potentiel mellifère et de bonnes
conditions météorologiques. Lorsqu’un de ces facteurs fait défaut, les
récoltes s’en ressentent aussitôt. Sans oublier l’impact des
intoxications, toujours possibles...
L’ensemble de la filière a travaillé avec les services du ministère de
l’Agriculture, avec l’appui technique du CNDA, à l’élaboration d’une
nouvelle mesure agro-environnementale qui prendrait le relais des CAD
signés à ce jour par tout de même 750 apiculteurs. Si la nouvelle mesure
s’inspire largement de la mesure précédente, faut-il encore qu’elle soit
validée par Bruxelles et surtout qu’elle soit inscrite dans les
programmes élaborés au plan régional par les directions régionales de
l’Agriculture et de la Forêt. Or, à ce jour, seule la région Pays de
Loire a inscrit une mesure apicole dans son projet... Il convient donc
d’alerter sans tarder les chambres d’agriculture, les directions
départementales, les directions régionales, les conseils généraux et les
conseils régionaux pour que cette mesure soit inscrite sans tarder,
sinon les apiculteurs seront écartés et ne pourront donc pas bénéficier
de cette MAE. L’importance du rôle de l’abeille dans la sauvegarde de la
biodiversité ne permet pas de comprendre cette position inacceptable...
Sans oublier les fameux plans de relance de l’apiculture maintes fois
annoncés et toujours dénués de toute concrétisation...
Fin juin, une délégation de responsables, issus de la Coordination des
apiculteurs, a été reçue longuement par Mme Pascale Briand, la
directrice de l’AFSSA, afin d’évoquer les relations entre la filière et
l’Unité Abeille et tenter d’améliorer la prise en compte des
préoccupations et sollicitations des apiculteurs. Autre point de
discussion au sujet de la nouvelle mission de l’AFSSA appelée à
remplacer la Commission des Toxiques. Le nouvel outil d’évaluation sera
présenté vraisemblablement à l’automne. La Coordination des apiculteurs
a fait part de sa quasi-exigence que de véritables apidologues soient
intégrés dans cette nouvelle structure, à l’image de ce qu’était le
défunt groupe Abeille.
L’UNAF va fêter ses 60 ans d’existence lors du Congrès de
Bourg-en-Bresse en octobre prochain. Grâce à la détermination, à
l’énergie, au bénévolat de plusieurs générations de responsables
dévoués, l’UNAF, au fil du temps, est devenue un outil efficace de
défense de l’abeille et des apiculteurs.
Sachons lui donner un nouvel essor. A l’heure où l’apiculture est
confrontée à des défis sans précédent, nous en avons plus que jamais
besoin. Nous vous attendons nombreux pour partager le verre de l’amitié
le vendredi 13 – cela porte bonheur, dit-on ! – à 18 heures sur le stand
de l’UNAF. Bonne humeur et convivialité seront au rendez-vous.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°674
« Notable »
Nous avons appris avec une grande tristesse le décès
brutal de notre ami Werner Kléthi. Figure emblématique de l’apiculture
alsacienne, durant près de dix ans il fut le trésorier attentif de
l’UNAF. A la tête de la société Api Alsace Distribution, il présentait
ses produits de nourrissement dans tous les congrès apicoles où son
costume traditionnel alsacien le rendait particulièrement
incontournable. Il aimait les abeilles et les apiculteurs. Homme
intelligent, dévoué, généreux, honnête et bon vivant, il était agréable
de travailler en sa compagnie dans la bonne humeur et la gaieté. Pour
tous les moments de bonheur partagés, merci l’ami.
Le ministère de l’Agriculture a publié un arrêté le 20 juin qui supprime
au nom de la simplification administrative les déclarations annuelles de
ruches. Une seule déclaration sera obligatoire lors de l’installation
des ruches et devra être renouvelée en cas d’évolution « notable »... La
filière avait vivement réagi à ce projet aberrant. Alors que Bruxelles
exige des statistiques de plus en plus précises et qu’un suivi rigoureux
nécessiterait une double déclaration, cette décision va engendrer des
difficultés considérables en cas d’apparition de nouvelles infestations
comme Æthina tumida... Sans écarter les complications administratives
pour les assurances des ruches ou les contrôles sur le terrain... L’UNAF
va interroger le ministère pour connaître précisément ce que les
services entendent par « notable ». Pris à la lettre, une seule ruche en
plus ou en moins nécessiterait une nouvelle déclaration... Pour faire
réagir le ministère et revenir au précédent système, peut-être
faudra-t-il les prendre au mot !
L’opération « Abeille sentinelle de l’environnement » se poursuit. Le
mardi 4 juillet, par une très belle et très chaude journée d’été, une
joyeuse délégation d’apiculteurs installait trois ruches sur le toit de
l’Opéra de Lille et trois autres dans le Jardin des Plantes. Cette
opération a bénéficié d’un important relais médiatique. Nous remercions
la ville de Lille, attentive à la protection de l’environnement et de la
biodiversité, d’avoir su répondre favorablement à notre partenariat en
prenant conscience du rôle majeur joué par l’abeille et en souhaitant le
promouvoir.
Le jeudi 6 juillet, nous procédions à la première récolte des 6
premières ruches de l’Hôtel de Région à Montpellier, soit 80 kg, une
fort belle moyenne qui aurait satisfait plus d’un apiculteur en
garrigues confronté une nouvelle fois à la sécheresse... Un très beau
miel de pin s’est écoulé des rayons désoperculés par l’apiculteur
responsable du suivi du rucher et le président Georges Frêche qui n’a
pas hésité à mettre la main sur le couteau et la manivelle de
l’extracteur ! Avant de prononcer un discours fort sur le rôle de
l’abeille, les risques qu’elle encourt avec certains produits
phytosanitaires et de confirmer l’engagement de la région à développer
l’apiculture sous toutes ses facettes et à soutenir efficacement le
congrès mondial à Montpellier en 2009. Dès 2007, la région sera
largement présente avec l’UNAF au congrès Apimondia de Melbourne où un
stand spacieux présentera l’apiculture et les vins du
Languedoc-Roussillon.
D’ores et déjà, je vous engage à réserver vos inscriptions pour le
Congrès national de l’apiculture française organisé cette année par le
SNA. Il se déroulera à Bourg-en-Bresse les 13, 14 et 15 octobre.
Auparavant la Société centrale d’apiculture fêtera ses 150 ans. Bravo et
bon vent. Enfin les apiculteurs qui souhaitent se rendre en Bulgarie
pour le Symposium sur l’élevage organisé par Apimondia début septembre
doivent se faire connaître à l’UNAF. Un voyage en groupe est
envisageable.
Si les récoltes de printemps ont été en général plutôt satisfaisantes,
on ne peut que s’interroger sur les miellées estivales confrontées à une
sécheresse persistante. Si elle perdure, n’hésitez pas dès le début du
mois d’août à stimuler vos colonies afin que la reine ponde et permette
ainsi un bon hivernage.
Bonne récolte et bon été !.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°673
Vigilance…
L’apiculture est une activité délicate dont la
réussite dépend étroitement des conditions météorologiques. Après une
sécheresse exceptionnelle et un hiver particulièrement long,
préjudiciables à la vitalité de nos colonies, l’actuelle période de vent
du nord persistant et les températures basses qu’elle a engendrées
laissent présager une nouvelle année difficile. Pour l’instant et sans
doute faut-il s’en réjouir, même si nos sociétés modernes favorisent le
réchauffement de la planète, nous ne savons pas agir sur l’environnement
en influant directement sur les climats. Il n’en va pas de même de ce
que les acteurs de la vie agricole peuvent et doivent faire pour mieux
prêter attention à ce qu’ils répandent dans l’environnement et nous en
sommes constamment les témoins et les sentinelles.
Depuis plusieurs années, vous le savez, l’UNAF exerce une vigilance
aiguë sur les pratiques agrochimiques et n’hésite plus à saisir la
justice pour faire entendre sa voix. Petit à petit, les plaintes sont
examinées, des jugements sont rendus par des juges sensibilisés à ces
problèmes : les esprits évoluent. Plusieurs fronts sont significatifs.
La plainte pour intoxication commise par un arboriculteur dans le
Maine-et-Loire suit son cours après avoir été relancée par la cour
d’appel d’Angers et changement de juge d’instruction.
L’intoxication massive subie par trois apiculteurs dans l’Hérault a été
jugée et le coupable a été condamné à une peine plus forte que celle
demandée par le procureur, tandis que nos syndicats (UNAF, Fédération
Régionale Languedoc-Roussillon, Syndicat de l’Hérault, Syndicat du Gard)
qui ont obtenu des réparations très significatives pour leur préjudice
syndical, ont pu gérer cette affaire en lien avec les services locaux de
la Protection des Végétaux et les Services Vétérinaires qui ont accompli
une tâche exemplaire.
Dans le Lot-et-Garonne, la société Syngenta, qui aurait circonvenu un
agriculteur afin qu’il enfouisse sur ses terres des stocks de semences
périmées enrobées Gaucho pour les faire disparaître, vient d’être mise
en examen avec l’agriculteur, au pôle de Santé-Environnement du Tribunal
de Paris sur la plainte de l’UNAF, du Syndicat et du GDSA de
Lot-et-Garonne.
Le 22 mai, le président de l’UNAF ainsi que le président du Syndicat
d’Apiculture Méridionale ont été auditionnés comme parties civiles par
Mme Combette de Caumont, juge d’instruction au tribunal de
Saint-Gaudens, qui achève son instruction pénale dans l’affaire du
démantèlement d’un réseau frauduleux de revente de produits
phytosanitaires illicites sur le territoire national. Ce juge
d’instruction en qui j’ai trouvé un magistrat attentif et désireuse de
conduire à leur terme ces deux affaires environnementales d’envergure
nationale, m’a paru s’inscrire dans la même détermination que celle du
juge Jean Guary à qui elle a succédé. J’ai déploré une nouvelle fois,
l’absence très anormale de décision de la cour d’appel de Toulouse que
nous attendons depuis de nombreux mois dans ce dossier, ce qui ne
devrait toutefois pas empêcher l’achèvement de la procédure. Il s’agit
donc d’une actualité judiciaire syndicale très fournie.
Sur le front législatif, le calendrier de l’Assemblée nationale a été
tel qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, nous ignorons quand le
projet de loi transcrivant en droit français la directive sur les OGM
sera examiné : fin juin, en septembre, voire après les
présidentielles... En attendant, comme je le fais moi-même avec le
bureau de l’UNAF au plan gouvernemental et auprès des principaux
artisans du projet de texte, vous devez vous mobiliser dans vos régions
et solliciter vos parlementaires sur ce dossier en leur démontrant avec
réalisme nos enjeux apicoles, car ce texte sera crucial pour le devenir
de l’apiculture.
Notre visibilité syndicale au plan national s’accroît sans cesse : nous
avons la satisfaction de compter deux nouveaux partenaires très
importants de l’opération « Abeille Sentinelle de l’Environnement » : le
Conseil général des Pyrénées-Orientales et la ville de Lille. Ces
collectivités, sensibles au devenir de la biodiversité, ont ainsi décidé
d’installer des ruches sur leurs bâtiments ou dans leurs jardins publics
dans le cadre de notre opération de sensibilisation. Nous les félicitons
et d’autres partenaires sont annoncés dans les prochains mois. Cette
opération rencontre un vrai succès car elle correspond à une vraie
aspiration des populations et des élus. Depuis la conférence de presse
du mois de janvier, jamais l’abeille, le rôle majeur qu’elle joue dans
l’environnement, les menaces qu’elle doit affronter n’ont été autant
médiatisés. Cette prise de conscience massive contribue grandement, j’en
suis certain, à la valorisation globale de toute notre filière et donc
de vos produits de la ruche qui répondent à une aspiration de nos
contemporains à des produits sains, naturels et bienfaisants. « Abeille
Sentinelle de l’Environnement » tente d’être une allégorie de notre
action syndicale de terrain souvent âpre, difficile, technique, semée
d’embûches, mais que l’UNAF conduit sans relâche, pour vous, apiculteurs.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°672
Exigeons un moratoire des
plantes génétiquement modifiées.
Une très grande majorité de nos compatriotes sont
opposés aux organismes génétiquement modifiés. Pour 85 % des Français,
en effet, l’agriculture biologique, les AOC et les labels doivent
strictement rester sans OGM. 72 % pensent qu’il faut adopter une
interdiction temporaire des OGM et 78 % d’entre eux sont favorables à un
référendum sur cette question. Enfin, 74 % des Français attendent de
leurs élus (sénateurs et députés) qu’ils interdisent les cultures d’OGM
en appliquant le principe de précaution.
L’Autriche a pris des mesures pour interdire la mise en cultures de
plantes génétiquement modifiées estimant que son agriculture et la
qualité de ses productions agro-alimentaires étaient incompatibles avec
ces nouvelles « innovations ». La Suisse a organisé un référendum et une
nette majorité de la population a décidé d’instaurer un moratoire sur la
culture des OGM. La Grèce, contre l’avis de la Commission de Bruxelles,
a décidé de ne pas autoriser l’usage des OGM en raison notamment du
développement de l’apiculture.
La culture des plantes génétiquement modifiées, si elle voyait le jour,
modifierait en effet non seulement notre pratique de l’apiculture, mais
mettrait sans doute en danger l’activité apicole elle-même. Nul ne peut
mesurer aujourd’hui les conséquences véritables d’un tel bouleversement,
mais d’ores et déjà plusieurs éléments s’avèrent indiscutables. Les
abeilles, agents pollinisateurs prépondérants, représentent une menace
pour les agriculteurs traditionnels ou biologiques car elles
favoriseront les risques de contaminations de végétaux non OGM par les
transgènes des plantes génétiquement modifiées. Même si les insectes
autres que l’abeille suffiront à contaminer l’environnement ; ils
souhaiteront éloigner les ruches le plus loin possible et les
emplacements seront bien plus difficiles à trouver. C’est déjà le cas
dans quelques secteurs espagnols. Et ce n’est pas les distances
surréalistes envisagées par les pouvoirs publics, de 50 à 500 mètres...
qui pourront nous rassurer et les rassurer.
Depuis plusieurs années, nous sollicitons le ministère de l’Agriculture
afin que des études toxicologiques soient effectuées par des organismes
scientifiques indépendants sur les risques liés aux plantes
génétiquement modifiées pour les abeilles et la colonie. En vain...
Depuis les travaux de Minh-Ha Pham-Délègue à feu l’INRA de
Bures-sur-Yvette, rien... D’autant plus grave que les plantes
génétiquement modifiées ne devront pas, à notre connaissance, suivre les
procédures d’homologations inhérentes aux produits phytosanitaires...
Or, au cas par cas, la manipulation génétique pourra s’avérer positive
mais peut-être le plus souvent néfaste...
Enfin, quid de la présence éventuelle de contamination génétique dans le
miel et les produits de la ruche ? Si le miel paraît réglementairement
protégé par la limite des 0,9 % tolérée, son image de produit pur et
nature peut en être altérée... Pour le pollen, la situation paraît plus
inquiétante encore car la limite de 0,9 risque d’être largement
dépassée...
Autant de menaces qui pèsent sur notre activité et autant de nombreuses
interrogations qui subsistent quant aux contaminations irréversibles que
peuvent engendrer ces plantes génétiquement modifiées pour
l’environnement...
Aussi, au nom du seul principe de précaution, le vote d’un moratoire sur
la mise en culture des plantes génétiquement modifiées s’avère
indispensable.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF
|
Info de
dernière minute
Le 28 avril 2006, le Conseil d’Etat a débouté la société Bayer
et les maïsiculteurs de l’AGPM qui avaient déposé un recours pour
faire annuler la décision prise en 2004 par le ministre de
l’Agriculture de suspendre l’homologation du Gaucho sur maïs.
L’UNAF se félicite de ce nouvel arrêt |

Editorial n°671
Et ce n’est même pas un poisson
d’avril...
Depuis plusieurs années, confrontés à des phénomènes
d’intoxications à répétition, les apiculteurs souhaitent que les
Services vétérinaires puissent enregistrer deux déclarations annuelles
de ruchers afin de pouvoir faire apparaître les importantes mortalités
hivernales dont ils sont victimes.
Effectivement, chacun le reconnaît, une seule
déclaration ne permet pas d’évaluer correctement les pertes subies. Or,
le ministre de l’Agriculture, au nom de la simplification
administrative, vient de déclarer que même cette déclaration annuelle ne
devrait plus être obligatoire, sauf en cas d’évolution notable, et
serait remplacée par le registre d’élevage. L’UNAF ne peut envisager un
tel désengagement des pouvoirs publics car cette situation mettrait en
péril l’apiculture française notamment face aux problèmes sanitaires.
Æthina tumida est toujours à nos portes. Comment contrôler une pandémie
si les ruchers ne sont pas suffisamment répertoriés ? Il suffit
d’observer les difficultés rencontrées par les Services vétérinaires
pour confiner les volailles afin de lutter contre la grippe aviaire.
Comme nous le pressentions, le SPMF a décidé de faire appel de la
décision juridique qui le déboutait de l’ensemble de ses demandes. Nous
voici repartis pour une nouvelle procédure. Ce procès date maintenant de
plus de dix ans. Pourquoi ne pas continuer ? Au lieu de défendre les
apiculteurs et l’abeille, il vaut mieux, semble-t-il, mettre toute son
énergie, ou le peu d’énergie qui subsiste, à attaquer les collègues.
C’est beaucoup plus productif ! Et ce n’est pas un poisson d’avril !
Par 166 voix pour, 127 voix contre et 35 abstentions, le Sénat a voté le
projet de loi sur les OGM. L’UNAF avait demandé aux responsables
syndicaux d’intervenir auprès de leurs élus afin de les sensibiliser aux
risques majeurs que ces nouvelles plantes génétiquement modifiées
engendrent pour l’apiculture tant pour les produits de la ruche que pour
les abeilles elles-mêmes.
Le député de l’Allier, Gérard Charasse, a ainsi répondu avec un certain
humour, à un apiculteur, que : « La transposition de la directive
2000/18 qui permet l’implantation anarchique des parcelles cultivées en
organismes génétiquement modifiés ne permettra naturellement pas aux
apiculteurs d’exercer un contrôle suffisant puisqu’il est physiquement
impossible d’orienter les abeilles vers des parcelles spécifiques à
moins, comme me l’a suggéré récemment un dirigeant d’un laboratoire
français produisant des organismes génétiquement modifiés, d’en
"organiser l’élevage en batterie". »
S’il est vrai que l’abeille, insecte pollinisateur majeur, contribue à
la dissémination des gênes, personne n’avait encore songé à cette idée
géniale : élever des abeilles en batterie ! Il faudra toutefois songer à
prévoir des esclaves pour porter des brassées de fleurs à butiner afin
de parvenir à produire du miel et des esclaves chargés de polliniser les
plantes sauvages et les cultures, fleur après fleur. Voilà une belle
solution pour régler le problème du chômage, des jeunes et des moins
jeunes ! Tous les bras seront les bienvenus ! Et ce n’est pas un poisson
d’avril !
Enfin, le sénateur Michel Charasse, ancien ministre de l’Economie, n’a
pas hésité à proposer un amendement afin que le recensement des cultures
OGM, initialement prévu à l’échelle communale, soit effectué à l’échelle
départementale « afin d’assurer la sécurité des biens et des personnes
et de protéger la recherche en biotechnologies végétales », allusion aux
faucheurs d’OGM qui ont menacé de poursuivre leurs actions. Et ce au nom
de la simplification et de la transparence !
Et ce n’est pas un poisson d’avril. Mais ce combat va se poursuivre à
l’Assemblée nationale.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°670
Regain d’activité
Noisetiers, perce-neige, hellébores... les premières
fleurs de fin d’hiver attirent les abeilles et dans les régions aux
climats les plus tempérés, les reines redéveloppent la ponte. Pour
l’apiculture, l’activité reprend. Pour le syndicalisme, elle se
poursuit.
Début févier, j’étais invité en Espagne par les apiculteurs de Galice
confrontés à des pertes de cheptel considérables depuis l’apparition de
traitements avec des produits phytosanitaires systémiques à base de
fipronil et d’imidaclopride sur maïs, sur pomme de terre et sur
eucalyptus. Subissant des taux de mortalité pouvant atteindre 70 % du
cheptel, ces apiculteurs, motivés pour obtenir le retrait de ces
produits, souhaitaient connaître notre expérience.
Nous sommes également solidaires de nos collègues de la Réunion qui
subissent de plein fouet les traitements chimiques destinés à éradiquer
les moustiques responsables de l’épidémie de chikungunya. Comment ne pas
être choqué par le retard pris dans la lutte contre cette terrible
épidémie alors que visiblement au départ seules quelques zones étaient
infestées !
La clothianidine, matière active du « Poncho », a reçu un avis favorable
du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale,
bien que le représentant français du ministère de l’Agriculture se soit
abstenu lors du vote. Nous aurions souhaité de sa part une attitude plus
constructive et donc la formulation d’un avis négatif. Cette décision
constitue une étape supplémentaire vers une inscription sur la liste
positive européenne. Cet avis nous laisse stupéfaits sur la façon dont
ces molécules sont évaluées alors que, parallèlement, la Commission
maintient dans une réponse à Mme Lulling, députée européenne, que la
directive européenne 91/414 constitue le cadre réglementaire
d’évaluation des produits phytosanitaires et que les preuves de la
non-toxicité de ces molécules doivent être apportées par le fabricant
tant sur les abeilles que... sur les larves.
La Coordination des Apiculteurs a aussitôt réagi et l’UNAF étudie tous
les moyens possibles pour faire annuler cet avis.
Sur le marché mondial, nous venons de prendre connaissance de la
décision de la Communauté européenne qui interdit jusqu’à nouvel ordre
l’entrée des miels en provenance du Brésil. Cet embargo devrait
favoriser l’affermissement des cours du miel déjà amorcés.
De plus en plus de responsables syndicaux participent à l’assemblée
générale de l’UNAF, et le samedi 25 février nous avons eu le plaisir
d’accueillir deux nouvelles structures, le Syndicat Drôme-Ardèche et le
Groupement des Apiculteurs de Bréviande Intercommunal (G.A.B.I.),
rattaché à la Fédération départementale de Seine-et-Marne présidée par
L. Clercq. Une marque de reconnaissance du dynamisme de l’UNAF
déterminée à sauvegarder l’abeille, à défendre les intérêts des
apiculteurs et à favoriser la promotion des produits de la ruche. Une
belle preuve de la vitalité de l’UNAF qui s’apprête à fêter son
soixantième anniversaire. Dans le prolongement de la conférence de
presse, de très nombreux articles sont parus sur l’apiculture et sur
l’opération « Abeille sentinelle de l’environnement ». Plusieurs
collectivités ou des structures privées se sont manifestées pour à leur
tour devenir partenaires. Nous nous en réjouissons.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF
|
Info de
dernière minute
Le ministère de la Santé a décidé de
procéder à une vaste campagne de démoustication dans le Sud de la
France. L’UNAF a sollicité un rendez-vous au ministère de la Santé
et au ministère de l’Agriculture afin de s’assurer que toutes les
précautions soient prises pour éviter une intoxication massive
d’abeilles.. |

Editorial n°669
Abeille Sentinelle de
l’Environnement
Si nos abeilles demeurent resserrées en grappe pour
se défendre du froid, bien cloîtrées dans leurs ruches, sur le plan
syndical le mois de janvier s’est révélé particulièrement actif. Le 13
janvier, à l’appel de la Coordination des Apiculteurs de France,
rassemblant la Confédération Paysanne, le Syndicat des Apiculteurs
Professionnels du Centre, de l’Ouest et du Sud-Ouest, le Syndicat des
Apiculteurs Professionnels de Rhône-Alpes, la Fédération des
Coopératives et l’UNAF, les apiculteurs, parfois venus de très loin, de
Bretagne ou de la Région parisienne, se sont rassemblés à Saint-Gaudens.
Plus de 500 apiculteurs ont fait entendre avec calme et détermination la
voix des victimes qui attendent que justice soit rendue dans ce procès
qui devrait être exemplaire.
Les 16 et 17 janvier, le comité de pilotage s’est réuni au ministère de
l’Agriculture pour prendre connaissance des avancées obtenues par les
différents organismes scientifiques sur leurs projets respectifs,
cofinancés par la France et l’Europe dans le cadre du règlement européen
en faveur de l’apiculture. Des résultats souvent intéressants,
quelquefois préoccupants, que nous vous présenterons dans les prochains
numéros.
Le 17 janvier, l’UNAF organisait une grande conférence de presse afin de
lancer l’opération « Abeille Sentinelle de l’Environnement » qui
consiste à installer des ruches sur des bâtiments publics, dans des
parcs ou dans des bureaux, afin de sensibiliser le grand public sur
l’abeille, son rôle prépondérant dans la sauvegarde de la biodiversité
et de l’alerter aussi sur les préjudices qu’elle subit. Remarquablement
préparé par notre attachée de presse, cet événement a attiré de nombreux
journalistes qui ont publié plusieurs reportages tant en radio, en télé
qu’en presse écrite.
L’UNAF tire une sonnette d’alarme. De manière paradoxale, les colonies
d’abeilles se portent mieux dans les grandes métropoles que dans la
plupart des campagnes françaises. Malgré la pollution urbaine dont elles
parviennent à se protéger, les taux de mortalité observés sur l’année,
toujours très faibles, comme les récoltes effectuées combleraient de
bonheur bien des apiculteurs pour qui la pratique de l’apiculture
devient aujourd’hui trop souvent aléatoire. L’avenir de l’apiculture
n’est pas en ville mais il est grand temps que les pouvoirs publics
prennent conscience de la gravité de la situation que subissent les
insectes pollinisateurs. Confrontés à un environnement devenu non
seulement défavorable en raison des mutations du paysage liées à
certaines pratiques agricoles comme la monoculture, l’ensilage ou le
remembrement, mais trop souvent meurtrier en raison de l’usage de
produits phytosanitaires homologués sans respecter les directives
européennes pourtant en vigueur, les insectes pollinisateurs sont en
voie de disparition.
Il est grand temps que les pouvoirs publics réagissent et corrigent des
dérives aussi préoccupantes pour l’environnement comme pour les
générations futures. Lors de cette conférence de presse, les
interrogations relatives au vote de la nouvelle Loi d’Orientation
Agricole et l’absence de réponse du ministre au courrier de la
Coordination ont suscité l’attention des journalistes qui les ont
médiatisées. Le ministère a aussitôt réagi par un communiqué de presse
puis par un courrier adressé à l’UNAF. Il confirme qu’à la suite de
cette nouvelle législation, ni « Gaucho tournesol/maïs » ni « Régent »
ne seront remis sur le marché. Nous nous en réjouissons et demeurons
toujours aussi vigilants sur ce sujet.
L’UNAF remercie les premiers partenaires d’« Abeille Sentinelle de
l’Environnement » : le Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, la
ville de Nantes et la société Anatome.
L’UNAF a pris connaissance du projet de loi relatif à la coexistence des
cultures OGM et non OGM. Parce qu’elle transporte et peut disséminer les
pollens, l’abeille est au cœur du problème. Qu’en sera-t-il de la
contamination des produits de la ruche et de leur image comme derniers
produits naturels ? L’UNAF a interrogé le ministre de l’Agriculture et
la DGCCRF. A suivre.
Le jeudi 19 janvier, l’UNAF et la CNTESA rencontraient M. Jérôme Bédier,
président de la Fédération des Entreprises du Commerce et de la
Distribution (centrales d’achat), pour lui faire part de l’inquiétude
des producteurs quant à la présence réduite des miels de France sur les
linéaires et sur la nécessité de les différencier des miels
d’importation. Cette rencontre particulièrement chaleureuse a permis
d’initier une relation qui, nous l’espérons, devrait porter ses fruits
et s’avérer positive pour les apiculteurs. A suivre.
Le 24 janvier, nous prenions connaissance du verdict rendu dans le
procès intenté par le SPMF contre l’UNAF et le SNA. Le SPMF est débouté
de toutes ses requêtes et est condamné à verser 3 000 euros à l’UNAF
comme au SNA.
Espérons – mais sans illusion – que cette sentence constitue l’ultime
péripétie de cette malheureuse procédure entamée au siècle dernier, qui
coûte à tous de l’argent et donne une image lamentable de notre filière.
L’apiculture mérite mieux.
Les réunions à Bruxelles de moins en moins fréquentes, de plus en plus
brèves et rendues encore plus denses en raison du passage à une
Communauté de 25 pays, ne permettent plus d’aborder les sujets pourtant
essentiels de manière rigoureuse et constructive.
Le 26 janvier, l’UNAF avait donc invité les responsables apicoles des
différents pays européens pour faire un état des lieux des problèmes
phytosanitaires/abeilles. Nous avons ainsi appris par exemple que nos
collègues grecs subissaient de graves intoxications depuis
l’autorisation de mise sur le marché du « Gaucho » sur coton. Les
Allemands comme les Belges ou les Luxembourgeois ont apprécié ce premier
échange et plusieurs initiatives ont été élaborées.
Je remercie enfin les bénévoles qui ont participé sans ménager leur
peine au tri, au nettoyage et à la remise en état des locaux de l’UNAF.
Grâce à eux, nos locaux ont pu accueillir les journalistes dans de
bonnes conditions, lors de la conférence de presse.
Nous vous attendons nombreux à l’assemblée générale
de la CNTESA et de l’UNAF qui se dérouleront respectivement les vendredi
24 et samedi 25 février au 26, rue des Tournelles.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF

Editorial n°668
En espérant une bonne année
2006
La Coordination des apiculteurs, composée de l’UNAF,
du SAPCO, du SAPRA, de la Commission apicole de la Confédération
paysanne, de la Fédération des coopératives, a décidé d’organiser une
manifestation à Saint-Gaudens le 13 janvier 2006. Réservée sur
l’opportunité de cette manifestation, car il nous paraissait plus
pertinent de l’organiser à Toulouse ou à Paris, l’UNAF ne souhaitait pas
mettre en danger la Coordination des apiculteurs, et après consultation
des membres du bureau et de notre avocat maître Fau, a décidé d’y
participer. Cette manifestation doit se dérouler dans le calme. Ce
rassemblement doit représenter une action de soutien à la justice et une
nouvelle étape dans la médiatisation de notre combat à l’heure où la
Commission européenne, malgré un avis défavorable de la France, semble
disposée à inscrire le fipronil sur la liste positive des molécules
homologuées et ou de graves inquiétudes sont suscitées par le vote de la
nouvelle loi d’orientation et en particulier des modifications apportées
au code rural en matière d’homologation.
En janvier 2005, le tribunal de Toulouse devait statuer sur la plainte
déposée par les firmes à l’encontre du juge Guary. Un an plus tard, ce
jugement n’est toujours pas rendu. L’UNAF et la Coordination déplorent
que la justice ne dispose pas de moyens suffisants lui permettant de
travailler efficacement, dans des délais corrects, respectueux du droit
des victimes.
Le procès intenté par le Syndicat des Producteurs de Miel de France à
l’encontre de l’UNAF et du SNA qu’il ne considère pas comme syndicats...
a débuté en 1994. Après de nombreuses procédures en appel ou en
cassation initiées par le SPMF, le tribunal de Paris vient à nouveau
d’examiner le dossier. Le jugement sera rendu le 24 janvier. Nous
demeurons sereins sur l’issue du procès. Nous regrettons cependant que
cette affaire continue à être préjudiciable à l’apiculture, en
particulier par l’image de désunion qu’elle alimente et conforte auprès
des pouvoirs publics. Elle nous coûte en outre du temps et de l’argent,
près de 5 000 euros pour la dernière procédure, qu’il serait préférable
d’investir à bon escient... En espérant que cette décision de justice
soit enfin la dernière !
Au cours de cette année nouvelle, nous aurons le plaisir de fêter
ensemble les 60 ans d’existence de l’UNAF. Plusieurs générations de
responsables, bénévoles, dans les départements et au niveau national, se
sont succédées pour sauvegarder l’abeille, en faire reconnaître le rôle
majeur, défendre les intérêts des apiculteurs et des consommateurs. Plus
que jamais, confrontés à de graves défis, de plus en plus nombreux au
fil des ans, nous devons nous efforcer de continuer dans cette voie et
poursuivre cette noble ambition.
Afin de célébrer cet anniversaire dans la convivialité et d’en saisir
l’opportunité pour assurer la promotion de l’apiculture, nous sommes en
train d’élaborer un ambitieux projet de communication qui devrait
permettre à tous les apiculteurs, quel que soit leur nombre de ruche, de
faire connaître au grand public le rôle irremplaçable que joue l’abeille
dans la protection de la biodiversité, les différences des miels de nos
régions et la qualité des produits de la ruche pour le bien-être et la
santé. Ce projet sera présenté lors de notre assemblée générale.
Je vous souhaite à vous et à vos proches d’excellentes fêtes de fin
d’année et une bonne et heureuse année 2006. Qu’elle vous apporte
beaucoup de bonheur, de belles colonies et des miels à profusion.
NB : L’assemblée générale de l’UNAF se déroulera le samedi
correspondant à l’ouverture du Salon de l’Agriculture, c’est-à-dire le
samedi 25 février 2006 au siège de notre syndicat au 26, rue des
Tournelles, 75004 Paris. L’assemblée générale de la CNTESA se déroulera
le vendredi 24 février à l’UNAF.
Henri CLÉMENT Président de l’UNAF
|