Interview
parue dans le journal "Abeilles et Fleurs" - Juillet 2007
Jean-Jack
Queyranne : "... En tant que Parlementaire, j'ai soutenu
toutes les démarches pour l'interdiction de ces pesticides, dont
le "gaucho". Nous avons gagné une première manche, mais on sait
que les menaces subsistent."
Abeilles
et Fleurs : Pouvez-vous nous parler de la politique environnementale
globale de la Région Rhône-Alpes ?
Jean-Jack
Queyranne
: A la charnière de l'Europe du Nord et de la Méditerranée, à la
frontière de la Suisse et de l'Italie, notre Région se caractérise
par une large palette de paysages. Elle est marquée par les
montagnes des Alpes, du Jura et du Massif Central. Cet environnement
exceptionnel se distingue aussi par un réseau de villes d'histoire
et de caractère, et par un large espace de respiration composé de
six Parcs Naturels Régionaux (la Chartreuse, le Vercors, le Pilat,
le Massif des Bauges, le Haut-Jura et les Monts d'Ardèche) et deux
parcs nationaux (la Vanoise et les Écrins).
Nous
voulons faire de Rhône-Alpes une véritable Eco-Région, engagée pour
la préservation des espaces, la diversité des espèces, la promotion
des énergies renouvelables.
Notre
engagement trouve une traduction dans l'ensemble de nos politiques.
Ainsi, nous aidons les PME à prendre le virage du management
environnemental. Notre ambition est aussi d'encourager la Haute
Qualité Environnementale (HQE) et d'Usage (HQU) dans les bâtiments
qui relèvent de nos compétences, notamment les 280 lycées publics.
Nous nous
positionnons au côté des professionnels de l'agriculture et du monde
rural qui apportent une contribution majeure à la qualité de vie en
Rhône-Alpes, tout en étant des acteurs de l'innovation. Je
pense notamment à l'agriculture biologique, fortement représentée en
Ardèche et dans la Drôme, et qui nous place en tête au niveau
national.
Je pense
aussi aux produits de qualité qui font rayonner Rhône-Alpes : notre
Région est engagée dans le soutien actif à ces filières de progrès.
AerF :
Pour vous, que représente l'abeille ?
Jean-Jack Queyranne
:
Tout au long de notre histoire,
l'abeille a accompagné les évolutions de l'humanité. Elle est
présente dans notre inconscient collectif et des générations
d'enfants se remémorent l'intrépide Maya. Mes grands-parents avaient
des ruches, je me souviens de mon grand-père relevant avec
précaution le produit de sa récolte, et du plaisir que nous avions à
consommer son miel au goûter.
L'abeille
fascine par l'extrême complexité de son organisation sociale.
Insecte solaire, elle est symbole d'énergie et de vie, puisqu'elle
est la grande pollinisatrice des espèces.
Face aux
menaces qui pèsent sur notre environnement, l'abeille est devenue
une sentinelle qui doit éclairer nos choix de société.
AetF :
En tant qu'institution, comment percevez-vous l'apiculture ?
Jean-Jack Queyranne :
Au-delà de la valorisation de nos espaces naturels et de la
contribution apportée à la biodiversité, l'apiculture nous permet de
retrouver ce lien essentiel qui unit l'homme à la nature.
L'apiculture met en exergue cet équilibre vital qui permet à l'homme
de prélever, avec raison et parcimonie, ce dont il a besoin pour
vivre, tout en respectant le cycle de la vie.
L'apiculture est aussi une école de vie accessible au plus
grand nombre, qui favorise une pédagogie active et concrète.
AetF
: L'UNAF a beaucoup oeuvré dans la lutte contre certains pesticides qui
détruisent la faune pollinisatrice. Que pensez-vous de cet
engagement ?
Jean-Jack Queyranne
:
L'engagement de l'UNAF concerne chacun d'entre nous pour la survie
des espèces - dont la nôtre - et la préservation de la biodiversité,
source de vie pour la Terre. C'est pourquoi, en tant que
Parlementaire, j'ai soutenu toutes les démarches pour l'interdiction
de ces pesticides, dont le "gaucho". Nous avons gagné une première
manche, mais on sait que les menaces subsistent.
La
vigilance est aussi au coeur de notre engagement régional contre les
cultures en plein champ d'OGM, que le gouvernement a autorisées dans
notre Région un mois avant la Présidentielle, alors que la lumière
n'est pas faite sur les effets réels des organismes génétiquement
modifiés.
AetF
: Qu'est-ce qui a motivé votre décision de participer au projet
"L'abeille, sentinelle de l'environnement" ?
Jean-Jack Queyranne
:
Par la diversité de ses compétences, la Région intervient au
quotidien dans la vie des Rhônalpins, notamment auprès des jeunes en
formation et des lycéens. Nous voulons donner l'exemple et
l'installation de ruches sur le site de la Région représente un bon
vecteur pour faire comprendre et diffuser ce que nous avons engagé.
AetF
: Comment s'est déroulée l'installation du "Rucher de la Région
Rhône-Alpes" ?
Jean-Jack Queyranne
: Les professionnels de l'UNAF et les services de la Région ont
travaillé ensemble pour identifier un espace d'accueil adapté. Nous
avons également privilégié l'information interne préalable, afin
d'associer le plus largement les collaborateurs de la Région aux
enjeux.
L'installation des ruches a également donné lieu à l'organisation
d'une conférence de presse, qui nous a permis de communiquer plus
largement.
AetF
: Comment ont réagi les différents services de la Région à l'annonce
de l'installation des abeilles ?
Jean-Jack Queyranne
: Il y a d'abord eu de la curiosité pour cette action
très concrète au coeur de notre espace professionnel. De nombreux
collaborateurs étaient présents le "jour J", montrant leur intérêt
pour l'arrivée des butineuses.
AetF
: Quels sont les thèmes que cet
événement va vous permettre d'aborder dans
l'avenir ?
Jean-Jack Queyranne
:
Nous sommes convaincus que la
contribution de chacun à la sauvegarde de notre planète passe par
des gestes quotidiens, tout à fait complémentaires des politiques
conduites au niveau national et international.
Nous
avons d'ailleurs consacré un numéro de notre journal citoyen à
l'engagement de la Région dans la lutte contre l'effet de serre, en
privilégiant les approches concrètes. L'installation des ruches
s'inscrit dans cette logique et favorise la mise en oeuvre d'actions
pédagogiques, à commencer par la première récolte, le 29 Juin 2007.
AetF
:
Comment a réagi le grand public à cette installation ?
Jean-Jack Queyranne
: Le grand public n'a pas été
directement associé à l'opération, qui s'est déroulée à l'intérieur
du site de la Région, plutôt vaste et composé en grande partie
d'espaces naturels. Mais il a été largement informé par les médias
et j'ai reçu directement beaucoup d'opinions favorables.
Je pense que nos
concitoyens sont bien intégré la présence inoffensive des abeilles,
notamment dans les villes, où les expériences d'implantation de
ruches se multiplient. Les abeilles produisent d'ailleurs énormément
de miel dans nos villes, puisqu'elles bénéficient de nombreux
balcons fleuris, de parcs et de jardins, et qu'elles ne sont pas
menacées par les insecticides.
AetF : La récolte sera le prochain grand rendez-vous. De
quelle façon pensez-vous l'utiliser ?
Jean-Jack Queyranne
:
Le 29 Juin, la première récolte donnera
lieu à l'organisation d'un événement avec la première dégustation
prévue du "Miel du Conseil Régional Rhône-Alpes" qui se déroulera
tout au long de la journée. Le miel sera à l'honneur à l'occasion du
déjeuner de notre Assemblée plénière qui a lieu ce même jour. |