Question à Monsieur Jean-Jacques Aillagon, Ancien Ministre,
Président de l’Établissement public du musée et du domaine national
de Versailles
Abeilles
et Fleurs
-
Le Domaine national de Versailles a choisi de soutenir le programme
national « Abeille, sentinelle de l’environnement » et d’accueillir
des ruches dans le domaine. Pouvez-vous nous expliquer ce qui a
motivé cette décision ?
Le domaine de Versailles est confronté aux grands enjeux
écologiques du XXI éme siècle, et se doit, dans la mesure
de ses moyens, d’être un acteur exigeant dans ce domaine.
Des plans ambitieux sur la gestion de l’énergie,
l’amélioration du bilan carbone ou encore la gestion de l’eau sont
en cours d’élaboration.
Mais, au delà de ces plans dont la mise en œuvre sera longue,
de multiples actions immédiates peuvent être lancées.
C’est dans cet esprit que j’ai souhaité la participation de
l’Établissement public du musée et du domaine national de Versailles
au programme national « Abeille, sentinelle de l’environnement »,
nous permettant de réintroduire des ruches dans le domaine, en
favorisant ainsi la sauvegarde de la biodiversité.
Il est à noter que d’autres ruches sont déjà installées à
l’autre extrémité du domaine dans le parc Balbi et que celles-ci
participent notamment à la pollinisation du Potager du Roi.
Abeilles
et Fleurs -
Votre Établissement a depuis plusieurs années engagé des actions en
matière de développement durable et de préservation de la
biodiversité, quels sont les principaux projets menés dans ce
domaine au sein du Domaine national de Versailles ?
En effet, ces
actions sont très diversifiées mais portent essentiellement sur la
flore. Nous avons tout d’abord élargi les variétés plantées tant
dans les parterres que dans le parc, nous avons adapté nos méthodes
de plantation afin d’amoindrir les risques de propagation de
maladie. Nous n’effectuons plus aucun brûlage des déchets verts,
nous les utilisons sous forme de compost ou de protection en
paillage.
L’eau est aussi
l’un des thèmes importants de nos actions. Nous avons par exemple
supprimé l’utilisation d’eau potable dans l’arrosage des
plantations, réintroduit des plantations en pot dans les parterres
permettant également d’économiser l’eau. Enfin, en matière de
gestion globale, des efforts sont également menés par
l’établissement pour aboutir à une reconnexion des réseaux de
récupération des eaux pluviales des plateaux autour de Saclay ou de
Rambouillet.
Sur la faune,
peuvent être cités les efforts réalisés pour maintenir un habitat
approprié pour les oiseaux, le maintien des zones humides,
l’introduction de carpes dans les plans d’eau pour combattre la
prolifération des algues vertes ou encore le recensement sur le
domaine des populations de chauve souris.
Abeilles
et Fleurs -
Le Hameau de la
Reine accueille déjà de nombreux animaux de la ferme, l’installation
de ruches est-elle le symbole d’une sensibilité spécifique à la
sauvegarde de l’abeille et à la préservation de la biodiversité ?
-
Avez-vous par exemple limité l’usage des pesticides dans le Parc ?
Nos deux jardiniers en chef sont particulièrement
sensibilisés à cette préservation de la biodiversité et recherchent,
face à une charge de travail très importante qui pourrait les
pousser à utiliser des moyens peu respectueux de l’environnement, à
utiliser les méthodes de gestion du patrimoine végétal les plus éco
responsables possible, quitte à remettre parfois en cause de
vieilles habitudes.
L’introduction de ruches au Hameau de la Reine m’est apparue
comme un véritable acte citoyen dans cette préservation de la
biodiversité, mais aussi un moyen d’associer le château à la prise
de conscience nécessaire de cet enjeu par nos concitoyens.
Concernant les pesticides, leur éradication est une action
engagée de longue date que ce soit dans le Grand Parc ou les
jardins. Il est parfois nécessaire de faire appel à des produits
chimiques mais nous sommes alors toujours vigilants à leur
innocuité.
Abeilles
et Fleurs
- Le Hameau de
la Reine a une place particulière à Versailles. Pouvez-vous nous
dire quelques mots sur ce lieu ? (Historique - superficie –
aménagements – etc….)
A
Trianon, Marie-Antoinette voulait avoir son propre village pour
jouir des plaisirs de la campagne avec ses enfants. C’est Richard
Mique, l’architecte du Théâtre de la reine, qui de 1783 à 1785
construit le hameau en s’inspirant des dessins du peintre Hubert
Robert. Douze maisons, réparties autour du grand lac, évoquent un
véritable village de style normand : la maison de la Reine, le
billard, le boudoir, le moulin à eau, la laiterie de propreté, la
ferme et ses annexes, la grange qui servait de salle de bal
(disparue), la maison du garde, le colombier et la laiterie de
préparation, le réchauffoir et la tour de Marlborough qui domine le
lac, et dont le soubassement abrite la pêcherie. Seules les cinq
premières maisons étaient réservées à l’usage de la Reine.
Contrairement aux idées reçues, ce hameau n’était pas une création
d’opérette. C’était une véritable petite exploitation agricole,
dirigée par un fermier, dont les produits alimentaient les cuisines
du château. Aujourd’hui encore comme le souhaitait Marie-Antoinette
à l’époque, le hameau de la Reine reste un lieu réservé et préservé,
domaine de l’intimité.
Propos
recueillis par Anne HENRIOT
Crédit photo :
Félix GIL