Pesticides et OGM : un danger toxique pour les abeilles

Depuis l’introduction des néonicotinoïdes en France en 1995, l’impact sur les abeilles et la production de miel a été catastrophique. Chaque année, environ 300 000 ruches ont été détruites, entraînant une baisse drastique des rendements. En deux décennies, la production française de miel a été divisée par deux.

Les néonicotinoïdes : une menace pour les pollinisateurs

Les néonicotinoïdes, une classe d’insecticides neurotoxiques, ont été utilisés à partir de 1994. Ils agissent de manière systémique en se diffusant dans toutes les parties de la plante, y compris les fleurs, où les abeilles puisent nectar et pollen. Les principales substances, comme l’imidaclopride, le thiaméthoxam et la clothianidine, sont commercialisées sous des marques telles que Gaucho et Cruiser.

Ces insecticides sont particulièrement dangereux à divers stades : au moment du semis, de la floraison et lors du phénomène de guttation (émission de gouttelettes d’eau par les plantes, souvent collectées par les abeilles). En conséquence, les apiculteurs et les scientifiques s’accordent à dire que ces substances sont responsables d’un déclin alarmant des populations d’abeilles. La biodiversité est également gravement affectée, touchant les écosystèmes aquatiques, les vers de terre, les oiseaux, etc.

En 2024, une proposition de loi inspirée par la FNSEA, les Jeunes agriculteurs et l’agrochimie a été déposée au Sénat, elle prévoit notamment la réautorisation de trois néonicotinoïdes. Elle est adoptée au Sénat.

Un modèle agricole hostile aux abeilles

La France, premier pays agricole de l’Union Européenne, se classe troisième au niveau mondial en termes de consommation de pesticides. Ce recours massif aux produits chimiques est une des causes majeures du déclin des abeilles et de l’effondrement des écosystèmes.

Les actions de l’UNAF contre les pesticides

L’Union Nationale de l’Apiculture Française a mené une lutte déterminée contre les néonicotinoïdes de 1998 à 2018. Avec plus de 20 actions en justice contre les fabricants, les gouvernements successifs et les autorisations de mise sur le marché, l’UNAF s’est imposée comme un acteur clé de la protection des abeilles en France.

Parmi ses actions phares contre les pesticides :

  • Manifestations réunissant toute la filière apicole.
  • Campagnes de sensibilisation, notamment à travers le programme « Abeille, sentinelle de l’environnement® ».
  • Mobilisation des élus.
  • Membre fondateur de Bee Life, une coordination européenne qui étudie l’impact des pesticides sur les abeilles et œuvre auprès des institutions européennes pour leur prise en compte.

Victoires juridiques et politiques contre l’agrochimie

Les efforts de l’UNAF ont porté leurs fruits avec plusieurs victoires importantes :

1999 : Suspension du Gaucho (imidaclopride) sur les cultures de tournesol.

2004 : Suspension du Gaucho sur maïs.

2005 : Interdiction du Fipronil sur toutes les cultures en France.

2011 : Annulation des autorisations du Cruiser sur maïs par le Conseil d’État pour les années 2008 à 2010.

2013 : L’Union Européenne interdit partiellement l’imidaclopride, le thiaméthoxam, la clothianidine et le fipronil.

Malgré ces succès, le combat est loin d’être terminé. Ces pesticides, connus pour leur forte persistance, continuent d’être utilisés sur de vastes surfaces agricoles en France.

Une stratégie globale pour la réduction des pesticides

Au-delà de la lutte contre les néonicotinoïdes, l’UNAF milite pour une réduction globale de l’utilisation des pesticides et une amélioration de leurs conditions d’application. Parmi les actions principales :

La protection des pollinisateurs dans les règles d’épandage des pesticides.

Une évaluation plus rigoureuse des pesticides en France.

La promotion de pratiques agricoles respectueuses des pollinisateurs, notamment avec le label Bee Friendly®, initié par l’UNAF.

Le suivi de la mise en œuvre du plan Ecophyto, qui vise à réduire l’usage des pesticides.

Les demandes de l’UNAF

1. Interdiction au niveau européen de tous les néonicotinoïdes

L’UNAF réclame l’interdiction des néonicotinoïdes dans toute l’Union européenne, tant leurs effets sur les pollinisateurs et la biodiversité sont avérés par de nombreuses études scientifiques.

2. Amélioration des évaluations européennes

L’UNAF demande que l’évaluation des pesticides par les institutions européennes prenne en compte toutes les voies d’exposition des abeilles, les effets chroniques et sublétaux, y compris sur les reines, les larves, la fécondité des mâles et les abeilles d’hiver. La prise en compte des synergies entre différentes molécules est également essentielle.

3. Révision de l’arrêté du 28 novembre 2003

L’UNAF demande que cet arrêté soit modifié pour inclure les fongicides et herbicides dans l’interdiction de traitement en période de floraison. Les traitements doivent être strictement réservés à des produits non toxiques pour les abeilles, et réalisés uniquement après le coucher du soleil, en cas de dérogation.

4. Garantir l’indépendance des expertises

Une vigilance particulière doit être apportée à garantir l’indépendance des experts en charge de l’évaluation des pesticides.

L’impact des OGM sur les pollinisateurs

Depuis l’introduction des OGM dans l’agriculture, les apiculteurs s’inquiètent de leurs effets sur les abeilles et sur l’environnement. En Europe, le maïs MON810 est le seul OGM cultivé à grande échelle. Ce maïs, génétiquement modifié pour produire un insecticide contre la pyrale, est interdit en France depuis 2008, mais reste largement cultivé en Espagne et dans plusieurs autres pays européens tels que le Portugal, la Roumanie, la République tchèque et la Slovaquie.

L’impact direct des OGM, notamment du maïs MON810, sur les abeilles n’est pas encore entièrement établi. Bien que certaines études n’aient pas relevé d’effets létaux, des recherches montrent que ces cultures peuvent modifier le comportement de butinage des abeilles. De plus, l’utilisation des OGM est souvent liée à des pratiques agricoles intensives, incluant l’emploi systématique de pesticides.

Dans plus de 60 % des cas, les OGM sont conçus pour résister à des herbicides, comme le soja Roundup Ready, massivement cultivé en Amérique du Sud. Cela entraîne une augmentation de l’utilisation du glyphosate, un herbicide controversé, et la réduction des diversités végétales. En favorisant les monocultures, ces pratiques appauvrissent les sources de nectar et de pollen pour les abeilles, tout en contaminant l’environnement à long terme.

Menace des OGM pour l’apiculture

L’apiculture elle-même est menacée par la culture des OGM. En 2011, la Cour de justice de l’Union européenne a statué que tout miel contenant du pollen d’OGM devait être étiqueté comme tel. Cependant, cette décision a été modifiée par les institutions européennes, exemptant le miel de cette obligation d’étiquetage, au détriment des apiculteurs et du droit à l’information des consommateurs.

Les Plantes tolérantes aux herbicides (VRTH) : des OGM cachés

Un autre enjeu préoccupant est l’apparition de variétés rendues tolérantes aux herbicides (VRTH), telles que certaines variétés de colza et de tournesol, cultivées en France sur plusieurs milliers d’hectares. Bien qu’elles aient été exclues de la réglementation sur les OGM, ces plantes génétiquement modifiées sont tout aussi problématiques.

Selon une expertise collective INRA-CNRS publiée en 2011, les effets de ces VRTH sur les pollinisateurs n’ont pas été correctement évalués. Le rapport mentionne plusieurs impacts potentiels :

  • Modification de l’attractivité de ces plantes pour les pollinisateurs,
  • Toxicité directe des herbicides pour les abeilles,
  • Réduction de la nourriture disponible en raison de la disparition des adventices.

Les actions de l’UNAF contre les OGM

Pour protéger les abeilles et l’apiculture, l’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française) mène une lutte résolue contre la culture des OGM en plein champ. Les principales actions de l’UNAF incluent :

  1. Défense du moratoire français sur la culture des OGM à travers des actions juridiques.
  2. Lancement d’une pétition pour protéger l’apiculture et les consommateurs des OGM, qui a recueilli plus de 300 000 signatures.
  3. Participation active au Comité Économique, Éthique et Social du Haut Conseil des Biotechnologies, où l’UNAF représente les intérêts des apiculteurs.
  4. Plaidoyer auprès des institutions françaises et européennes pour garantir un cadre légal protecteur pour les abeilles et l’apiculture.

Les demandes de l’UNAF sur les OGM

Face aux risques posés par les OGM, l’UNAF émet plusieurs demandes clés pour la protection de l’apiculture et des abeilles :

  1. Interdiction de la culture des OGM en plein champ en France et en Europe.
  2. Évaluation rigoureuse des effets des plantes transgéniques sur les abeilles, en particulier sur les couvains et les abeilles hivernales.
  3. Respect du droit des apiculteurs à produire sans OGM, garantissant des pratiques apicoles respectueuses de l’environnement.
  4. Respect du droit à l’information des consommateurs par un étiquetage transparent du miel contenant du pollen d’OGM.
  5. Moratoire sur les cultures de colza et tournesol VRTH, tant que des études complètes n’auront pas évalué leurs impacts sur les pollinisateurs et l’environnement.

OGM et apiculture : incompatibilité avérée

Les cultures OGM et l’apiculture ne peuvent coexister sans risque de contamination et de dommages pour les abeilles. L’UNAF continue de militer pour un modèle agricole durable, qui protège les pollinisateurs essentiels à la biodiversité. Les abeilles jouent un rôle crucial dans la pollinisation, et leur bien-être doit être prioritaire face aux pressions des biotechnologies agricoles.

En conclusion, l’UNAF continue de mener un combat essentiel pour la protection des abeilles, des pollinisateurs et la préservation de la biodiversité. Si des avancées ont été obtenues, la lutte contre les pesticides et les OGN, et pour un modèle agricole plus respectueux de l’environnement est loin d’être terminée.

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